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Maica Gugolati

Une con-versation¹ Alice Yard et Beta-Local

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Le sujet de cet article est la restitution d’une discussion entre deux centres d’art caribéens, Alice Yard, à Trinité-et-Tobago, et Beta-Local, à Porto Rico. Le but de cette contribution est de reprendre une conversation antérieure entre les deux entités, conversation interrompue par la seconde vague de Covid-19 aux États-Unis en 2020. À ce moment-là, les directeurs d’Alice Yard furent invités par Beta-Local à commencer un échange inter-caribéen. Par le biais de cette publication, mon but a été de redémarrer virtuellement cette discussion interrompue: et si la pandémie n’avait jamais eu lieu? Toutefois, cette question est formulée au passé hypothétique. À cause de la Covid, les deux centres d’art ont eu à faire face à des restrictions qui les ont peut-être poussé à approcher différemment leurs manières de collaborer localement et trans-nationalement. J’ai donc choisi de modifier ainsi la question principale accompagnant l’échange: comment continuer cette conversation et l’enrichir?

La rencontre via Zoom eut lieu avec la participation de l’artiste Christopher Cozier, un des trois codirecteurs d’Alice Yard, l’artiste Sofia Gallisa Muriente, qui quitta la direction de Beta-Local pendant la pandémie et l’artiste Pablo Guardiola, un des codirecteurs actuels de Beta-Local.

L’échange en ligne prit un tournant philosophique lors d’un brainstorming commun autour des concepts et pratiques à utiliser pour construire une “conversation” commune. Je décidais alors de préserver le format dialogue dans le texte, essayant de me concentrer sur les principaux axes de l’échange oral, tout en conservant les éléments de vocabulaire spécialisé et les expressions utilisées. Les deux centres d’art, Alice Yard et Beta-Local, entrèrent pour la première fois en contact en 2015 lorsque les artistes Sofia Gallisa Muriente et Christopher Cozier se rencontrèrent au centre d’art Teor/etica au Costa Rica. À la suite de cette première rencontre, Sofia fut invitée à participer à la résidence d’art d’Alice Yard à Trinité-et-Tobago, et après cette expérience, toute l’équipe d’Alice Yard fut invitée à Porto Rico en 2020 par Beta-Local —une première pour l’organisation. Au cours de cette conversation en ligne, l’artiste Christopher Cozier évoqua une pratique séculaire d’échanges entre les participants des scènes artistiques des Caraïbes, il se rappela une photo d’archive en noir et blanc des années 50 trouvée par hasard et qui représentait des danseurs et des artistes plasticiens à l’aéroport de Piarco, à Trinidad en route pour Porto Rico. Semblable à cette pièce d’archive historique, cet échange en ligne fonctionna comme une connexion capable de transcender le temps et l’espace, comme un voyage numérique surréel et global post-pandémique, où nous fîmes connaissance devant quatre écrans basés à Trinidad, Porto Rico, New-York et Londres.

Septembre commence à peine et Cuba fait face au quatrième et plus haut pic épidémique de Covid-19. Et depuis plusieurs semaines, Kcho a transformé les espaces du MOR dédiés aux expositions temporaires en centre d’attention médicale. On y immunise contre la maladie avec des vaccins produits à Cuba ; les voisins du Romerillo et des quartiers alentours, ainsi que quelques amis et chauffeurs du terminal d’autobus d’à côté, qui connaissent l’artiste depuis que celui-ci a rénové les arrêts de bus de l’Avenue 120. Dans la galerie, il a fallu aménager les espaces, installer des équipements, fournir du matériel… Les médecins et le personnel ont accueilli l’espace avec enthousiasme et les voisins y sont bien reçus, attendant leur tour entourés de la fabuleuse collection de gravures de Wifredo Lam, mise en relief par les murs de la salle d’attente. Car lorsqu’on parle de Kcho, il y a définitivement des œuvres qui sont des Œuvres.

LES DEUX ENTITÉS

Alice Yard à Trinidad est un centre d’art contemporain et une organisation à but non lucratif basé depuis la fin janvier 2020 à Granderson Lab, à Belmont, Trinidad. Il est administré par l’architecte Sean Leonard, l’artiste Christopher Cozier, l’écrivain et éditeur Nicolas Laughlin, et le designer Kriston Chen. C’est une institution indépendante qui évite férocement toute source de financement permanente. L’espace est conçu comme une plate-forme pour l’expérimentation et comme un incubateur de jeunes artistes.

Front view of Granderson Lab, in Belmont, Port of Spain, Trinidad, TT, WI. Photo: Kriston Chen

Christopher Cozier, Sean Leonard, Nicholas Laughlin, and Kriston Chen of Alice Yard, Belmont, Port of Spain, Trinidad, TT, WI. Photo: Mark Lyndersay

Trinité-et-Tobago est un pays caribéen qui obtint son indépendance du Royaume-Uni en 1962. Ses côtes sont à quelques kilomètres de celles du Venezuela, de l’autre côté du golfe de Paria. L’économie de la république des îles jumelles, diffère de celles de la plupart des nations et territoires Caribéens, qui reposent surtout sur le tourisme, alors qu’elle est principalement industrielle, autour de l’extraction du pétrole et du gaz naturel.

Beta-Local, basé à San Juan, Porto Rico, est une organisation d’art à but non lucratif et un groupe de travail, avec un système de codirection rotatif, hybride dans sa composition et son organisation. C’est un espace pour la discussion critique, avec un programme d’étude et de production, et un projet éducatif expérimental. Beta-Local est aujourd’hui codirigé par les artistes Nibia Pastrana Santiago, Pablo Guardiola et Michael Linares.

Beta-Local’s Christmas party, 2018. Photo: Juanky Álvarez

L’équipe de Beta-Local : de la gauche en bas, Pablo Guardiola, Michael Linares, Nibia Pastrana, Anahi Lazarte (dans le petit cercle), Sofía Gallisé Muriente (dans le petit carré), et Yarima Gonzáles (ancien administrateur de B-L). Photo crédits : Sofía Gallisá Muriente

Historiquement, l’île Caribéenne de Porto Rico se rattache aux États-Unis depuis de la guerre Espagne-Amérique de 1898 lorsque l’île fut cédée par son précédent propriétaire l’Espagne aux États-Unis. En 1962 Porto Rico devint un état libre associé, ce qui le définit comme un territoire appartenant aux États-Unis, mais n’en faisant pas partie. Les Portoricains sont donc des citoyens américains qui n’ont pas le droit de vote aux élections américaines et aucun vote au Congrès.

THE CON-VERSATION

Pablo Guardiola

Beta-Local a toujours eu un grand intérêt à établir un dialogue avec la Caraïbe, ce qui est réellement difficile et (soupir d’exaspération), compliqué. Je pense aussi qu’une partie de cette complexité provient du fait qu’en plus des nombreuses fragmentations territoriales et autres, s’ajoute la fragmentation du langage.

L’artiste Pablo Guardiola nous présente un des problèmes rencontré quand ils souhaitent avoir une conversation avec d’autres parties de la région Caribéenne: sa polyglossie. En cause, la fragmentation des histoires coloniales, impérialistes et commerciales de la région : Guardiola nous fait part de sa confusion au sujet des limitations linguistiques qui mènent à des relations endogamiques au sein des échanges artistiques.

Pablo

On veut continuer à garder la même structure dans la manière dont on communique avec les autres personnes, en particulier avec le reste des Caraïbes. Ou voudrait lire plus de livres et de théorie critique provenant de la région, mais aussi avoir des dialogues et des conversations. Quand Sofia était au Costa Rica et qu’elle a rencontré Chris, ils ont tout de suite été en phase. Après ça, d’autres personnes de Trinidad associées à Alice Yard visitèrent Puerto Rico par l’intermédiaire de différents programmes de Beta-Local, et maintenant il y a ce désir de vouloir établir des interactions directes avec nos compagnons dans la région (…) Quand nous (les directeurs de Beta-Local) parlons d’institutions artistiques, nous nous intéressons à la variété de leurs modèles. Nous sommes toujours critiques de ce qui est derrière une organisation d’artistes, un espace géré par un seul artiste ou des institutions artistiques en général.

Pablo Guardiola nous expose un problème commun dans la région et les études caribéennes, qui peut limiter l’idée d’un échange uni transcaribéen. Même les essais critiques sur la culture caribéenne, les écrits sociologiques, dépendent d’un système de traduction officielle qui peut limiter l’accessibilité aux diverses polyglossies de la région. Selon mon expertise dans ce domaine, de nombreuses contributions académiques sont inaccessibles à cause de leur langue de publication et du réseau d’édition et de distribution. La Caraïbe est une région complexe composée de sociétés postindustrielles variées qui pour l’écrivain Cubain Benitez-Rojo sont polyrhytmiques (2001). Par ce terme, il décrit chaque pays caribéen comme ayant un rythme central déplacé par d’autres rythmes de telle façon que le tout se rencontre dans un état de flux. Les archipels expriment une pluriversalité de cosmogonies diverses qui sont interconnectées.

Pablo mentionne le détail qui fit que ses collègues puissent connecter entre eux, à savoir une rencontre en personne entre les artistes Sofia et Christopher qui permit ainsi à une conversation à long terme de s’établir.

Le terme “conversation”, étymologiquement du Latin, cum-versare, relie l’acte de tourner (versare), avec ensemble (cum). De façon plus générale, il évoque l’acte de rester en compagnie de, ou comment les êtres humains vivent ensemble. Inspiré par cette étymologie, je déclare qu’Alice Yard et Beta-Local ont entamé une “Con-Versation” sur la pratique artistique communautaire.

La Con-Versation, plutôt que d’être enfermée dans un chassé-croisé incompréhensible de langages multiples, trouve un espace paisible dans leur connaissance mutuelle de la langue créole.

Christopher Cozier

Une des choses que Sofia m’a dites (quand elle était à Trinidad à Alice Yard), concernait le fait de se trouver dans un espace anglophone où cette langue n’est pas hiérarchisée et hégémonique, comme c’est le cas à Porto Rico étant donné sa relation avec les États-Unis. C’est-à-dire, évoluer dans un endroit colonisé où l’anglais est le langage dominant, mais pas un anglais correct, une sorte de créole anglais. Il y avait des résonances évocatrices entre le créole espagnol que vous parlez et la sorte de créole anglais que nous parlons, et nous notons ces affinités étranges (…) de toute façon, dans les pratiques curatoriales et institutionnelles auxquelles nous sommes confrontés, tout se passe au temps présent, l’échange se fait dans le moment.

L’artiste Christopher Cozier met l’accent sur le fait que la Con-Versation a le pouvoir de déplacer les relations historiques impérialistes et hiérarchiques établies, grâce à l’acte d’échanger et de travailler dans une région si diverse, mais liée par des expériences d’exploitation et de domination systématiques. L’artiste Sofia Gallisa Muriente trouvait intéressant de travailler dans un environnement où on parle un anglais créole qui ne fait pas référence au langage néocolonial, l’Anglais États-Unien, auquel l’Espagnol de Porto Rico se confronte habituellement.

Le langage n’est pas le seul facteur qui permet à la Con-Versation d’avoir lieu. Même si de nombreuses îles parlent un langage officiel différent, ce qui pourrait causer un sentiment de séparation et d’isolement, tous ces endroits sont historiquement des ports qui symbolisent des chemins de communication, d’échanges, de compromis et de commerces entre elles. Aux côtés de cette métaphore de l’île en tant que lieu d’échange, on trouve dans la Con-Versation des expressions vernaculaires partagées, des comportements communs dans les façons performatives des conteurs d’histoire, dans une communication qui inclut le geste, la communication non verbale et un maniérisme familier.

La Con-Versation dans l’archipel caribéen, peut donc permettre au peuple de créer un “savoir situé” qui peut défier le sens de hiérarchie dominante au nom d’une socialité connectée. J’utilise le terme “savoir situé” en rapport avec la philosophe féministe de science Donna Haraway (1988) qui la définissait comme un moyen de comprendre que toute connaissance provient de perspectives positionnées différemment. Ce savoir, pendant la Con-Versation, contribue à une sorte de rhétorique du discours caribéen (Browne 2013), par exemple des changements de code de l’oral au textuel, le déploiement de plusieurs registres linguistiques, l’emploi de jeux de mots, d’insinuations, d’exclamations idiomatiques et non verbales et des sémantiques visuelles.

Christopher :

On partage un langage évocateur parce qu’en fait le visuel est quelquefois une sorte de langage commun. Parce que je pense, de façon critique, que si on essaie en quelque sorte de créer une historiographie de type “on a aussi ça ici” par rapport au récit artistique traditionnel Euro-Américain, où on peut en quelque sorte insérer ou inclure nos pratiques, on se retrouve, dirons-nous, dans une zone étrange. Et on en revient à ce problème du point de rencontre de ces échanges, vous voyez? Mais il y a quelque chose dans toutes nos pratiques respectives. Que nous comprenions bien ce langage ou ces symboles ou non— ce sont les affinités auxquelles je faisais référence.

Ce langage non verbal auquel Christopher Cozier faisait allusion est créé par le biais du temps et des activités partagées qui vont au-delà des projets artistiques eux-mêmes. Ce langage est trouvé par le partage d’une communication intime de gestes simples et ordinaires telle que, échanger des recettes ou passer régulièrement du temps ensemble par exemple, ce qui permet aux Peuples de la Mer, comme Benitez-Rojo les appelle (2001, 295) d’établir des relations entre eux (Glissant, 2009).

Christopher

On veut simplement avoir ces conversations (comme celles que nous étions en train d’avoir), je ne parle pas de quelque chose d’exotique ou de folklorique, vous savez, il ne s’agit pas de nostalgie. Il s’agit du partage et de la vision de ce que nous savons comparable ou opposé à tout ce qu’on sait. Je pense que c’est une question qui ne cesse de se présenter. Et entre nous, pas pour étaler notre culture, et pas non plus dans un but de performativité exotique.

Sophia Gallisá Muriente

Absolument. C’est aussi au sujet du temps passé les uns avec les autres, passer du temps dans ces endroits jusqu’à ce qu’ils deviennent un peu moins étrangers… Faisons ça, marchons et prenons le temps, vous savez, lentement afin que nous puissions observer. De telle sorte que nous passions du temps simplement à se parler les uns aux autres. Je pense que les courts moments passés à trouver des connexions et des résonances communes peuvent être vraiment simples et prendre un rythme un peu tropical.

Ce que Sophia introduit ici, c’est la préciosité de la perception et des manières de partager et de passer du temps ensemble. Le temps partagé défie le concept triptyque capitaliste, du temps-argent-production. Cette façon capitaliste de considérer le temps et la production est ce que Christopher appelle plus tard “le moteur” faisant référence à la genèse des sociétés caribéennes modernes et leur lien avec le Plantationocène[1] et le néocapitalisme. Le terme Plantationocène, contrairement au terme Anthropocène, place le colonialisme, le capitalisme de plantation et ses hiérarchies historiques raciales et coloristiques corrélées au centre de l’impact humain sur la terre. Le concept de modernité est lié à celui de liberté, au nationalisme et à la sublimité du nouveau (Kapur 1993) introduisant ici une notion de culture nationale “authentique” des populations. Dans la Caraïbe, son héritage tragique est déterminé par deux moments historiques (Scott 2004) : celui de l’extermination, puis de l’économie capitaliste de la plantation et la formation de sociétés de plantations (Best 2001), reliant simultanément l’économie du “Nouveau Monde” à celle de “l’Ancien”.

Des gestes partagés, un modus operandi vernaculaire créolisé découvert pendant l’échange, produisent une innovation et une inspiration continues que je définirai, inspirée par Glissant (2009) comme une esthétique de Sociabilité Archipélique.

Christopher

(Cette façon d’occuper le temps) n’est pas considérée comme du travail parce que ce n’est pas du travail qui alimente le moteur (…) Si vous pensez seulement en termes caribéens en général, c’était la partie de la machine qui s’était cassée. Quand les gens parlent d’Anthropocène ou de Plantationocène, ça commence bien avant nos existences, cependant on était au coeur du processus. (Il y a, cependant) ces sortes de moments d’oisiveté et ces comportements qui se passaient dans ces espaces entre les plantations, entre les machines. Les blessés dans les fissures de l’espace entre les machines, rapides ou lentes, ce sont en quelque sorte des espaces de célébration que nous avons besoin de reconnaître et de valoriser parce qu’ils nous gardent sains contrairement à ce qui ce serait passé si nous avions sauté de nouveau à pieds joints dans le moteur, parce que quand on saute dans le moteur, on a tendance à perdre. Et alors on se sent comme si on a pris les devants, je ne dis pas ça pour romantiser (mais) j’ai le sentiment que c’est l’endroit où se produit la rencontre —en dehors du moteur (…) Je parle d’une reconstruction de nous-mêmes parce que c’est ça l’enjeu dans la région. S’inventer un nouveau soi. Parce que les choses dont nous nous retirons, elles nous fragmentent régionalement, mais aussi à l’intérieur de nous-mêmes et nous éloignent de nos multiples possibles façons d’être. De la couleur de la peau à l’ethnicité à la sexualité, ainsi sont la tâche, le business de l’artiste dans les fissures du moteur, c’est une zone fascinante… C’est effrayant en fait, mais bon, une bonne peur, désordonnée et bonne.

Ce “moteur” a, cependant un pouvoir à double tranchant. Dans le cas de Beta-Local, après l’ouragan Maria en 2017, l’île  devint plus visible et reçut de nombreuses aides qui créèrent des possibilités pour plus d’investissement, comme la possibilité d’inviter toute l’équipe d’Alice Yard à Beta-Local.

Sofia

Pouvoir se permettre de rester oisif et travailler lentement est ce qui, je pense, fait la différence entre une organisation comme Beta-Local et Alice Yard… Paradoxalement, l’ouragan Maria a donné une grande visibilité à Porto Rico, et c’est quelque chose qu’a dû prendre en compte Beta-Local de bien des manières, car cette visibilité est devenue une question, n’est-ce pas ? Mais c’est aussi soudainement devenu une opportunité en termes de fonds pour une organisation artistique comme la nôtre. Soudainement, l’organisation s’est mis à croitre sur tous les fronts à cause de cette bulle philanthropique qui s’est présentée, amenée par le désastre (…) On a soudainement pu se permettre, par exemple, de faire venir les quatre directeurs d’Alice Yard, ce qui dans notre économie passée, n’aurait certainement pas été possible. Ainsi, cette visibilité et les ressources qui l’accompagnent nous donnèrent beaucoup à penser sur la façon dont nous pourrions utiliser cela pour créer le type d’espaces dont nous avons besoin, et aussi penser les projets sur lesquels on pouvait se permettre d’être lents comme le guide des employés[1] qui est un projet commencé depuis des années, ou simplement passer du temps avec des gens et ne pas se forcer à produire quelque chose.

Les centres d’art courent toujours le risque de devenir l’alibi d’une politique néolibérale qui favorise la privatisation et s’oriente vers l’export. Le manque d’institutions culturelles et de centres d’art solides façonne les institutions indépendantes comme des réservoirs de connaissance et des centres de connexion pour la région. Paradoxalement, elles finissent par représenter des espaces simultanément reconnus comme quasi institutionnels et anti-système à la fois (Hadchity 2019) attirant attention et reconnaissance globales tout en conservant leur ambiguïté au niveau local.

Christopher

C’est justement une des accusations portées contre Alice Yard : même si on manque d’ambition en termes de recherche de fonds gouvernementaux et de bourses issues de fondations internationales à dilapider, on fait en sorte d’essayer de faire avec ce qu’on a, ce qui crée cette notion que, bon, on peut se permettre de faire ça, grâce à une “mystérieuse main invisible” dans nos vies (…) et de l’autre côté, certains nous voient comme une sorte d’entonnoir pour capter les entreprises néolibérales de l’étranger qui essaient de s’insérer dans la narrative caribéenne (…) C’est une drôle de semaine pour nous, vous savez, avec la conversation autour de la documenta[1] qui est profondément ironique, parce que nous n’avons aucun fonds de l’état ni du secteur privé, ce qui rend quasi impossible de répondre à la question qui nous est posée par une institution de ce niveau à l’échelon global.

Sofia

Oui.  C’est l’économie avec laquelle nous travaillons aussi. Pas seulement l’économie des bourses des fondations.

À ce stage de la Con-Versation la question des complications causées par la Covid commencèrent à se présenter. Les restrictions dues à la Covid furent appliqués différemment dans les deux pays : Trinité-et-Tobago fut confinée durant une longue période avec un couvre-feu, tandis que Porto Rico eut un confinement local, mais était restée ouverte aux touristes venant des États-Unis.

Pablo

Il nous a fallu une éternité pour commencer à faire des choses et on a démarré vraiment lentement. On a ralenti en quelque sorte, et on ne s’est pas précipité dans ces mondes numériques comme le faisait tout le monde. On voulait être sensible à ce type de contenu, mais on voulait aussi payer les gens avec qui nous étions censés travailler. Comme tous les ateliers, les séminaires. Alors on s’est tourné vers un système de commissions, on a commandé des textes, des œuvres d’art qu’on a publié sur nos réseaux sociaux, mais tout ça vraiment lentement. Nous fîmes même un séminaire, un séminaire de dessin donné par Tony et on a tout fait entièrement par email (…) Et pour nous, c’était important, comme disait Sofia, de prendre son temps, de rentrer dans l’ombre en quelque sorte. Mais de garder certaines choses en marche parce qu’on ne voulait pas laisser tomber nos collaborateurs.

“Les modalités de survie” imposées par la Covid n’ont pas vraiment déstabilisé les modus operandi des deux centres d’art. Pendant la Con-Versation, un sentiment de tropicalité devint apparent, où les retards, les changements de dernière minute, les plans esquissés et la précarité de l’environnement extérieur font partie intégrante des processus. La discussion révéla un sentiment d’affection mutuelle entre le macro et le micro-monde, entre l’environnement biologique de la Caraïbe, son peuple et son modus operandi.

L’artiste Sofia Gallisa affirme dans Celaie (fragment) (Vimeo link 0.57 min. ) : “El tropico devora la idea de progreso” : Les tropiques dévorent l’idée de progrès. Biologiquement parlant, dans les Tropiques, les températures élevées causent des taux d’évolution et de décomposition plus rapides (Brown 2014). Les espèces dans la région, tout en partageant les ressources, se livrent un combat sans merci pour se faire une place l’une contre l’autre. On peut appeler ça une tropicalité d’excès qui ne permet aucun état de permanence, mais au contraire, oblige à un changement constant. Faisant suite à la citation de Sofia, le changement biologique puissant des Tropiques produit un environnement et une idéologie de résistance à la linéarité du “progrès”.

La lenteur, l’imprédictibilité, le sentiment d’être dépassé, et l’impossibilité de faire des plans rigides à long terme sont quelques-unes des conditions communes entre la biologie des endroits tropicaux et la manière de survivre de ses êtres humains. Pour résumer la Con-Versation, le phénomène de la Covid-19 n’a pas perturbé les fondements vitaux de ces territoires. Au contraire, l’obligation de “ralentissement mondial” lié à la Covid est interprété comme une sorte de statu quo tropical.

Christopher

On est habitué à vivre de façon précaire. Je me rappelle qu’en revenant d’une visite à Beta-Local, en sortant de l’autobus à l’aéroport, j’ai cassé l’écran de mon téléphone. Et de remplacer tout simplement un écran à bon marché, c’est une grande aventure qui prend des jours de négociation. Mais c’est la normalité de la vie que nous vivons ici ; alors bien que la Covid nous ait ralenti, nous ait mis des bâtons dans les roues et créé toutes sortes de chaos… nous survivons, alors que là-bas, sur le reste de la planète, il s’agit d’une série de contretemps qui ne font pas partie de la réalité quotidienne. Alors, le truc avec la Covid, comme cette idée de ralenti, aussi horrible que ce soit, c’est en quelque sorte la normalité que nous connaissons. Dans nos vies en général. Mais cristallisé. Les gens doivent aussi s’interroger, parce que je ne vois personne ici qui ait l’air anxieux de retourner à la normale. Qu’est-ce que c’est que la normalité ? Où est cette normalité à laquelle nous devons retourner ? Il s’agit plutôt d’apprendre de la façon de laquelle nous avons toujours survécu, mais face à un nouveau défi.

Le ralenti que la Covid nous imposa est en fait une méthodologie ou une relation, qu’on peut voir comme un outil professionnel qui peut être utilisé pour créer et partager. Il permet une forme de sociabilisation qui à Trinidad on appelle “liming”[1] (liming signifie “traîner” entre amis, le plus souvent dans un espace public, pour jouir du spectacle de ce qui s’y passe). Une sorte de réunion collective (Hylland Eriksen 1990) spontanée et désordonnée, de “Communitas” (Turner 1969) qui est une manière de se révolter contre l’ordre établi, la hiérarchie, l’autorité de la société. C’est un moyen de se rassembler qui rappelle le principe d’action de ces centres d’art.

Sofia

Vous construisez un espace dans le travail, pour établir des relations. Vous construisez des relations avec vos pairs et les personnes avec qui vous voulez créer une relation intime, vous savez, comme entre Beta-Local et Alice Yard. Vous n’invitez pas les gens à venir simplement pour travailler, mais pour créer des relations, pour créer une intimité, pour construire des connexions.

Le classique Homo Faber et l’Homo Sacer s’unissent avec l’Homo Ludens dans cet espace créé par la Con-Versation (Callois 1958) où l’ordinaire et le loisir incarnent la “vie extempo” de la vie quotidienne. L’homme ludique détruit le sens néolibéral du “moteur”, en tant que temps productif dédié à la consommation, émancipant le loisir de son sens d’échappatoire et de distraction, pour lui rendre son sens de libération (Lefebvre 2002).

Les deux centres d’art veulent par la Con-Versation créer un espace de possibilités, que LLoyd appelle l’espace carnavalesque (1999) où la créativité et l’échange ne simulent pas le pouvoir, mais l’affabule. Cet espace Con-Versationel est donc collectif et permet aux êtres humains de créer une sociologie qui donne forme à l’ontogenèse individuelle (Wynter 1989).

LE CENTRE D’ART COMME CON-VERSATION. ESPACE OU ENDROIT ?

Christopher

Alice Yard a dû accepter le fait d’avoir commencé comme un endroit, puis de n’être plus seulement un endroit, pour devenir une conversation. Et donc, quand il fut impossible de rester dans le premier endroit où nous étions, Woodbrook, parce que c’était un endroit partagé et familial, nous transitâmes simplement vers un autre espace que nous avions toujours utilisé, mais ça n’était pas comme notre devanture, ça n’était pas une pièce à vivre. Cet espace était plus privé, les choses se passaient là plus calmement, des choses plus processuelles. Mais chaque fois qu’on déménage, on apprend quelque chose de nouveau. L’espace à Woodbrook où nous avons travaillé la majeure partie de notre existence était une communauté en état de siège. Cet endroit mourait, parce qu’il se transformait d’une communauté domestique en bureaux, en clubs et en bars, vous savez, des choses de ce genre. Alors le dernier groupe de résidents vivant dans cette communauté se sentit assiégé et il y eut une sorte de tension qui se créa entre eux et nous parce qu’ils craignaient que nous ne soyons qu’un mécanisme de plus. Et bien qu’ils aient semblé être intéressés par certaines de nos présentations, les pratiques artistiques qui prenaient forme là, ils étaient inquiets et craignaient que ces choses les dérangent ou dérangent le style de vie qu’ils étaient en train de perdre.

Pour Christopher Cozier, Alice Yard commença à évoluer d’un endroit physique, en un lieu plus conceptuel caractérisé par son modus operandi. Selon de Certeau (1984), un endroit est la configuration instantanée de positions qui impliquent la formation d’une stabilité. Au contraire, un espace est composé de l’intersection d’éléments mobiles. Comparé à l’idée de lieu, la notion d’espace agit comme un mot quand il est énoncé, il existe dans l’actualité présente de son énonciation. Bien que déménageant dans un autre quartier, Alice Yard garda son identité en tant que Con-Versation.

La Con-Versation permet la construction d’un espace transculturel, fait de contacts intersubjectifs, de changement mutuel, et d’une créativité collective. C’est un espace affectif où les intimités et l’affection sont partagées de la manière simple, propre aux endroits où les centres d’art sont situés. La Con-Versation crée un espace de soin réciproque et un investissement envers une transformation constante.

Christopher continue

Quand on a déménagé à Belmont ça a été très bizarre, la communauté de Belmont ne s’est pas sentie assiégée de la même manière et ce qui arriva, bien que nous n’ayons pas beaucoup d’activités à ce moment-là avec la venue de la Covid, c’est que chaque fois qu’on faisait quelque chose, toutes les familles de la rue, les gens mettaient leurs chaises devant leur maison, apportaient les glacières et attendaient les bras croisés et disaient : “Bon d’accord, qu’est-ce que vous allez faire ?” Comme pour nous dire : “Montrez-nous ce que vous valez”. C’est une relation tout à fait différente. Ils veulent que nous fassions des activités qui les intriguent ou les divertissent, et si ça devient trop artistique, ça nous fait un peu peur parce qu’ils vont dire, “Mon Dieu, mais qu’est-ce que c’est que ça ?”. Alors nous avons fait de nombreux ajustements en termes d’interaction avec la communauté. Une des meilleures choses qui nous soit venue de la Covid c’est notre compréhension de nous-mêmes, comme une conversation qui, dans un sens, peut être transplantée, car elle existe déjà en dehors d’une localité physique. Et combinée avec le sens du temps dont nous parlons, être capable de s’épanouir dans d’autres endroits. On est en quelque sorte et en même temps toujours présent et non présent. Maintenant on est plus conceptuel. Traversés par un concept et une conversation plutôt qu’un endroit. Je l’appellerai un espace plutôt qu’un endroit. Le site de la conversation.

Sofia

Nous aussi, on est passé d’une maison de famille à un endroit plus connecté à une communauté, un des derniers quartiers populaires du vieux San Juan.

De surcroit, la Con-Versation permet de lutter contre la perte des souvenirs. Dans l’échange par Zoom, les deux centres d’art discutaient de la possibilité de voir se désintégrer la mémoire, comme si les archives locales étaient poreuses et pouvaient se dissoudre, suivant l’exemple de la biologie corrosive du climat des Tropiques eux-mêmes. Souvenirs, qui comme les vieux murs humides des immeubles tropicaux, peuvent s’émietter selon le contexte. Selon tous les orateurs, la disparition est toujours à l’horizon. Il y a une sorte de sens architectural d’impermanence dû aux désastres naturels typiques de la région, comme les tremblements de terre, les ouragans, les éruptions volcaniques entre autres, qui maintiennent le sens de la précarité de la vie et l’importance de la mémoire.

Christopher

Il y a une école de pensée qui m’effraie, c’est la vieille génération qui dit : “Envoyez votre travail dans le monde, car c’est le seul moyen pour qu’il soit conservé dans le futur. Donc ils pensent qu’on doit envoyer son travail dans des collections étrangères. Vous devez envoyer votre travail dans les expositions internationales, parce que si vous ne le faites pas, votre travail peut tout simplement disparaitre.

Pablo insiste juste après

Disparaitre.

Pendant la Con-Versation, l’œuvre de Catherine Malos Olivo fut évoquée, une artiste Portoricaine qui mourut prématurément, et dont l’œuvre disparut quasi complètement de la circulation du monde de l’art.

Christopher

J’ai beaucoup pensé au sens des conversations que nous avons, parce que c’est absolument merveilleux que dans cette conversation, dans cet espace dans le “moteur”, on commence à parler de Cathy (Catherine Matos Olivo). Peut-être avons-nous besoin de plus de temps et plus de cette sorte d’oralité, cette partie-là de notre expérience.

La Con-Versation permet au temps partagé de s’enrichir comme un souvenir éternel et ininterrompu. Par l’action de prendre son temps et de partager oralement, un espace est gardé ouvert, un espace qui conserve les souvenirs et la reconnaissance dans un mouvement créatif.

Pablo

… maintenir la conversation, c’est oral, ça veut dire garder les actions, les affections, là, ensemble, près de nous… ce n’est pas un bien grand geste, mais c’est en quelque sorte garder cette conversation ouverte. Toujours à propos de Cathy: son œuvre, elle existe de cette manière par la conversation. Je veux dire que si on continue à faire ça, on peut construire un réseau différent de souvenirs. C’est un peu comme les rendre invisibles, mais en étant toujours un peu là, une manière de garder les choses ici.

Christopher

Et c’est aussi une autre histoire, ce dont nous parlons réellement, je veux dire ce qui m’a attiré vers l’œuvre de Cathy ce n’était pas par lié aux objets. C’était un intérêt critique lié à des affinités partagées avec Cathy à ce moment-là. Il s’agit en réalité de comment la construction de formes critiques créent un sentiment de communauté.

Two photography from Catherine Matos Olivo’s art project : Trabajo=Trabajo, 2009. Digital Photography 8×1″. Courtesy by Catalina Matos Holden.

La Con-Versation reformule la question de la mémoire et de l’archive. Elle nous permet de démanteler au sens littéral du terme, dans le sens d’enlever le manteau, la caducité de la tropicalité, comme expliqué ci-dessus. Grâce à la Con-Versation, l’oubli et la disparition ne sont plus une fatalité.

La Con-Versation s’oriente vers un langage partagé et ouvert. Par langage, il ne faut pas comprendre une formule linguistique, mais un procédé de discussion qui nous emmène vers la création et l’affirmation d’un espace de poeisis et de connaissance poétique.

Christopher

Dans cette conversation, je sens qu’il y a quelque chose de diffus, bâtissant un langage critique. Pas langage, un processus… de comment la mémoire… même si mémoire n’est pas le mot juste, parce que je ne parle pas de nostalgie, mais plutôt de comment ce que nous voyons est affecté, par un mouvement d’avant en arrière et d’arrière en avant simultané, qui change la forme et la configuration des choses autour de nous. C’est flotter dans cette conversation depuis ses fissures.

Par la Con-Versation, se déploie la possibilité de maintenir les archives dans une position liminale. Les archives mutent, comme il arrive à la mémoire ; elles se forment, elles se désintègrent, se réintègrent, grâce au lapsus, au langage évocateur, la synesthésie et les métaphores. Le processus de Con-Versation contient la capacité de déplacer les affects, en prenant ce terme dans son étymologie comme affectus : ce qui touche l’esprit. Par la Con-Versation, les esprits sont touchés et dansent ensemble métaphoriquement en une expérience collective, créative et mémorielle par le moyen de l’échange.

Le vernaculaire, selon Christopher Cozier, maintient le langage dans un processus de commémoration des souvenirs et des archives. Ce terme efface le sens péjoratif des “cassures” souvent évoquées au sujet du créole parlé, maintenant sa fluidité et sa flottabilité. Ces archives produisent de la conscience sans devenir un texte autoritaire. La réalité fragmentée, “cassée” des Caraïbes, dans ses structures géolinguistique et impérialiste historiques et sa relation contemporaine au néolibéralisme, se constitue en une sorte de corpus, de travail en cours, par l’action de converser.

En outre, la Con-Versation conduit vers un faire créatif collectif, qui pervertit le sens de nationalité, soutenant des connexions nombreuses dans plus d’un endroit dans une sorte de communication supranationale et “externationale”.[1]

La Con-Versation reste performative. Elle restitue le chuchotement des mots et l’échange de communication non verbale par l’oralité et le partage d’expériences. L’action de con-verser crée une synergie de déclarations performatives (Austin 1975) qui performent une connaissance collective, au sein du processus de partage communautaire.

Pablo

Je parlais à un bon collègue hier et, il mentionna le fait que quelquefois on doit accepter qu’on a perdu, vous savez. Qu’on a vraiment des ennemis puissants et qu’on a besoin d’accepter ça. Lors de la première vague de Covid par exemple, dans le contexte où Beta-Local opérait, on allait bien. La communauté était bien. Les gens prenaient soin les uns des autres, mais quand on s’ouvrit au tourisme, ça devint une vague impossible à contrôler. Ce fut une des raisons qui nous a poussé à garder notre espace fermé parce que Beta-Local se trouve dans un quartier très touristique, et soudain il y a eu des vagues de gens venant des États-Unis, un des pires endroits par rapport à la Covid. Alors, c’était comme si on ne pouvait rien faire. La colère nous gagne, et on doit trouver un moyen de rester calme.

Christopher

J’ai encore un léger… un des souvenirs le plus traumatisants en termes de ce dont on parle, est un souvenir spatio-temporel que j’ai eu de San Juan les derniers jours avant mon départ, c’est le bruit des valises sur les pavés et les cris des Américains, comme des spring-breakers. Et j’écoutais l’écho entre les immeubles. Je me souviens une fois au milieu de la nuit, malgré le couvre-feu, je regardais dehors du balcon et j’ai vu une horde d’Américains titubant sur des trucs roulants et criant des huh hiuuu vous savez. Et je pensais au danger dont tu parlais. C’est un souvenir effrayant et je ne sais pas d’où ça provient, mais comme tu as commencé Pablo, ça m’a réellement frappé. Parce que, je me souviens de ces deux jours quand le vent a commencé à tourner…

Dans cet échange, les artistes parlent du silence comme en conflit avec deux notions opposées. Selon le récit de Christopher, le confinement local provoqua un manque de sons humains dans la ville qui était amplifié par l’effet-écho des grondements des touristes négligents qui ne se sentaient pas concernés par les règlements locaux. Ici le silence imposé à la population locale de San Juan, dû au confinement local et la dominance du tourisme États-Unien qui existe à Porto Rico, va main dans la main avec le sentiment d’impuissance dont parlait Pablo. Cependant, pendant notre Con-Versation, j’ai senti que le silence pouvait aussi devenir une reprise de contrôle, comme quand il évoque leur décision de fermer le centre d’art. Le silence dans ce cas ne leur était pas imposé, mais était une décision… Le silence comme l’explique la photographe Susan Sontag (1969) devient ici décisif, éloquent et relationnel ; il conduit à une attention désintéressée au monde.

Christopher répondit emphatiquement, avec une expression Trinidadienne courante qui est aussi le titre d’une de ses œuvres :

Yeah! Quand je vous manque, je suis plus là. Pas vrai ? (Rires)

Je conclus ce texte en remerciant cette conversation, puisque c’est à cause d’elle que j’ai pu en apprendre davantage sur le pouvoir de la Con-Versation. Les deux centres d’art, Alice Yard et Beta-Local, en dépit de leurs différentes positions géographiques dans la région caribéenne, leur langue et leur organisation institutionnelle différentes, ont en commun un processus de recherche artistique, un regard socioesthétique critique et une manière d’établir des rapports avec leurs communautés locales et transnationales qu’on peut résumer comme Con-Versation. Elle se concrétise en une expérience de faire et d’être ensemble, permettant au pouvoir subversif de l’intimité d’agir contre la cosmologie dialectique de l’éternelle répétition de la politique normalisante de la domination néocoloniale.

[1] Au cours de l’article sera expliqué l’utilisation du mot et du concept de conversation, ou “Con-Versation”, en tant que type de socialité qui encourage la création par le partage commun d’actions et de discours critique.

[2] Le terme Plantationocène, contrairement au terme Anthropocène, place le colonialisme, le capitalisme de plantation et ses hiérarchies historiques raciales et coloristiques corrélées au centre de l’impact humain sur la terre.

[3] Employee handbook en anglais.

[4] documenta est une exposition d’art contemporain qui a lieu à Kassel, en Allemagne, tous les cinq ans. Le centre d’art Alice Yard fait partie de la documenta 15, 2022.

[5] (Trinidadian, Caribbean, slang) hanging around, usually in a public place with friends, enjoying the scene.

[6] Le terme Externational (avant traduction: Outernational) fait référence à un lieu situé en dehors de l’histoire ; comme un monde sans forme qui s’est développé à la périphérie de la sphère internationale. Il est généralement utilisé pour la musique contemporaine non traditionnelle généralement liée à l’ethnicité. Les corps musicaux extérieurs occupent un espace hors de l’histoire, parfois considéré comme un écho du noyau international, mais majoritairement inconnu. http://v1.the-attic.net/outernational/about; https://theatticmag.com/features/1245/the-outernational-condition.html

Références :

Austin, John L., 1975. How To Do Things with Words. Oxford: Oxford University Press.

Benítez-Rojo, Antonio. 2001. The repeating Islands. The Caribbean and the Postmodern Perspective. Duke University Press.

Best Lloyd, 1999. “Making Mas with Possibility: Five Hunder years later.” In Enterprises of the Indies, edited by George Lamming, 294-297. POS: Trinidad and Tobago, Institute of the West Indies.

Brown, James H. 2014. “Why are there so many species in the tropics?”, Journal of Biogeography, Vol 41, 8–22.

Browne Kevin Adonis, 2013. Tropic tendencies. Rhetoric, Popular Culture and the anglophone Caribbean. University of Pittsburg Press.

Butler Judith. 1992. “Mbembe’s Extravagant Power.” Public Culture 5 (1): 67-74.

Callois Robert, 1958. Les hommes et les jeux. Gallimard : Paris.

De Certeau, Michel 1984: “Spaces and places” in The Practice of Everyday Life. University of California Press, Berkeley, p.124.

Glissant Édouard, 2009. Philosophie de la relation. Gallimard: Paris.

Hadchity Therese “Both Centre and Margin: Both Centre and Margin”, Wasafiri, 34:1, 18-28

Haraway Donna, “Situated Knowledges: The Science Question in Feminism and the Privilege of Partial Perspective”, Feminist Studies, Vol. 14, No. 3. (Autumn, 1988), pp. 575-599.

Hylland Eriksen Thomas, 1990. Liming In Trinidad The Art Of Doing Nothing, FOLK reprint Vol 32.

Kapur Geeta. “When was modernisn in Indian art?” South Atlantic Quaterly, Vol.92 N 3, Summer 1993 pp.295-324

Lefebvre Henri, 1958. “Work and leisure in everyday life”, edited by Ben Highmore, The Everyday Life, Routledge, London: pp. 225-236

Scott David, “Modernity that Predated the Modern: Sidney Mintz’s Caribbean”, History Workshop Journal, Volume 58, Issue 1, AUTUMN 2004, Pages 191–210

Sontag Susan, 1969, “The aesthetics of silence” in Styles of Radical Will, New York : Farrar, Straus and Giroux

Turner Victor, [1969] 1996, The Ritual Process: Structure and Anti-Structure, London: Routledge.

Wynter Sylvia, 1989. “Beyond the Word of Man: Glissant and the New Discourse of the Antilles”, World Literature Today, Autumn, 1989, Vol. 63, No. 4, Edouard Glissant Issue, pp. 637-648.

Oeuvres mentionnées :

Sofía Gallisá Muriente. Celaje (fragment), 2021, https://vimeo.com/533245300#.

Christopher Cozier, When you miss me, I gone, 3rd Industrial Art Biennial, Pula, Croatia 2020.

MAICA GUGOLATI
Maica Gugolati née en Italie en 1985, est une chercheuse anthropologue affiliée à l’Institut des Mondes Africains, France. Elle est membre de l’association d’art AICA Caraïbes du Sud et des artistes TSOEG. Elle est titulaire d’un doctorat (2018 EHESS, École des Hautes Études en Sciences Sociales) en anthropologie sociale avec une spécialisation en visual and performance studies. Son expertise porte sur les théories
postcoloniales et les pratiques de recherche décoloniales, entrelacées entre des cas d’étude impérialistes multilingues. Jusqu’en janvier 2022, elle a remporté une bourse collective de l’IRF, Londres, Royaume-Uni, sur la relation entre le numérique et le carnaval caribéen de Notting hill, Londres. Elle est auteur de plusieurs articles académiques et blogs, ses contributions sont publiées par Illinois Press, Routledge, CRNS, Allegra Lab, Faire Monde(s) entre autres dans des revues en ligne et sur papier comme En Être. Elle est également photographe et artiste, ses projets artistiques ont été exposés par Onca art Gallery, Brighton UK, Arima, Trinité-et-Tobago et en ligne.
Elle est coéditrice de la revue universitaire Black Diaspora éditée par BRILL, Pays-Bas, et co-éducatrice du blog de recherche Decolonial Dialogues, Royaume-Uni. Elle est chercheuse féministe, commissaire indépendante d’art et collaboratrice expérimentale avec des artistes. Ses œuvres curatoriales peuvent être consultées en ligne sur la plateforme Art Curator Grid. Elle a été conférencière dans plusieurs
conférences académiques et institutions artistiques comme la Tate Modern, Londres, et la Cité des Arts Internationales, Paris. Maica est une danseuse urbaine avec handicap invisible.

Maica Gugolati

A con-versation between Alice Yard and Beta-Local

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This article is about a discussion between two art communities in the Caribbean region: Alice Yard, in Trinidad and Tobago, and Beta-Local, in Puerto Rico. The focus of this contribution is to recover a past conversation between the two entities that was interrupted due to the first wave of COVID-19 in the USA in 2020. At that time the directors of Alice Yard were invited by Beta-Local to start a trans-Caribbean exchange. Thanks to this publication, I aimed to digitally restart that interrupted discussion: what if the pandemic had never happened? However, this question is formulated in a past conditional; the two art centers had to face Covid related restrictions that maybe pushed them toward different approaches to their communitarian ways of collaborating locally and trans-nationally. Therefore, I opted to change the main question accompanying the exchange to: how can this Conversation continue and be enriched nowadays?

The Zoom meeting was with the artist Christopher Cozier, one of the three co-directors of Alice Yard, the artist Sofía Gallisá Muriente, who finished the direction of Beta-Local during the pandemic, and the artist Pablo Guardiola, one of the current co-directors of Beta-Local.

The online exchange took a philosophical turn into a shared brainstorming on the concepts and practices of what it means to have or create a “conversation” between them. I decided therefore to preserve this dialogue format in the text, trying to analyze the main axes of the oral sharing while maintaining some of the jargon and expressions used.

The two art centers, Alice Yard and Beta-Local came into contact in 2015 when the artists Sofía Gallisá Muriente and Christopher Cozier met at TEOR/éTica art center in Costa Rica. After this encounter Sofía was invited to participate in the Alice Yard art residency in Trinidad and Tobago, and following that experience, all the team was invited to Puerto Rico in 2020 for an institutional residency, which the first one launched by Beta-Local. During the online conversation the artist Christopher Cozier evoked a secular practice of pan-Caribbean exchanges among art practitioners; he recalled a random archival black and white photo from the 1950s he came across, of dancers and visual artists at the Piarco airport in Trinidad who were heading to Puerto Rico. Like this piece of historical archive, this online chat functioned as a swift connection in time and space, in an almost surreal global post-pandemic online journey, where we met in front of four screens based in Trinidad, Puerto Rico, New York, and London.

The two entities

Alice Yard in Trinidad is a contemporary art space and no-profit organization based at the end of January 2020 at Granderson Lab, in Belmont, Trinidad. It is administered by architect Sean Leonard, artist Christopher Cozier, writer and editor Nicholas Laughlin, and designer Kriston Chen. It is an independent institution that fiercely avoids any permanent funding arrangements. The space is conceived as a platform for experimentation and as an incubator for younger artists.

Front view of Granderson Lab, in Belmont, Port of Spain, Trinidad, TT, WI. Photo: Kriston Chen

Christopher Cozier, Sean Leonard, Nicholas Laughlin, and Kriston Chen of Alice Yard, Belmont, Port of Spain, Trinidad, TT, WI. Photo: Mark Lyndersay

Trinidad and Tobago is a Caribbean country that gained independence from the formal colonizer the UK in 1962. Its coasts are a few miles from those of Venezuela, across the Gulf of Paria. The twin island republic’s economy, unlike that of most Caribbean nations and territories which rely on tourism, is primarily industrial, with an emphasis on reserves of oil and natural gas.

Beta-Local, based in San Juan, Puerto Rico, is an art no profit organization and a working group, with a system of rotating co-directors, hybrid in its composition and organization. It is a space for critical discussion, with a study and production program, an experimental education project. Beta-Local is today codirected by artists Nibia Pastrana Santiago, Pablo Guardiola and Michael Linares.

Beta-Local’s Christmas party, 2018. Photo: Juanky Álvarez

El equipo de Beta-Local: de la izquierda abajo, Pablo Guardiola, Michael Linares, Nibia Pastrana, Anahi Lazarte (en el pequeño círculo), Sofía Gallisé Muriente (en el pequeño cuadrado), y Yarima González (antiguo administrador de B-L).

Historically the Caribbean Island of Puerto Rico links back to the USA from the Spanish American War in 1898 when the island was contended by its former ruler, Spain, to the USA. In 1952 Puerto Rico became an Estado Libre Asociado, Free Associated State, which defines it as a territory belonging to the USA but not part of the USA. Puerto Ricans therefore are US citizens lacking voting rights in US elections or any votes in Congress.

THE CON-VERSATION

Pablo Guardiola

Beta-Local has a big interest in building dialogue with the Caribbean, which is really difficult and, [sound of exasperation] complicated. I think also part of the complexity of that, is that in the Caribbean among its many fragmentations, there’s also the fragmentation of language.

The artist Pablo Guardiola introduces one of the issues they face when wishing to have a conversation among different parts of the Caribbean region: its polyglossia. Due to the fragmentation of the region among historical imperialist colonial pasts and trades, the art director shares a conflicted feeling about linguistic limitations that illustrates a tendency toward endogamous relationships even in artistic exchanges.

Pablo

We want to keep having the same structure of how we relate to other people, in particular with the rest of the Caribbean. It’s kind of like an interest that goes from reading more literature and theories from the Caribbean, but then also having direct dialogues and conversations. But something that it’s kind of like… [Pablo takes a pause of reflection] it takes time But when Sofía was in Costa Rica and met Chris, they suddenly had a direct bond. After that also other people from Trinidad associated to Alice Yard had visited Puerto Rico through these different programs related to Beta-Local and it’s almost a spirit of wanting to have direct interaction with our fellows in the region. […] When we [Beta-Local directors] talk about art institutions, we’re interested in [the] full spectrum of them. We’re highly critical of what is behind an artist organization, an artist’s own space and art institutions in general.

Pablo Guardiola introduces a common issue in the Caribbean region, and Caribbean studies, that can limit the idea of a united pan-Caribbean sharing. Even critical essays on Caribbean culture, anthropological and sociological writings, depend on a system of official translation that can limit accessibility due to the diverse polyglossia of the region. According to my expertise in the field as well, many of the academic contributions become inaccessible due to their language publications and editorial networking and distribution. The Caribbean is a complex region made up of postindustrial plural societies that for the Cuban writer Benitez-Rojo are polyrhythmic (2001). With this term he describes each Caribbean country as having a central rhythm displaced by other rhythms in such a way as to merge into a state of flux. The archipelagos express a pluriversality of varied cosmogonies that are interconnected.

Pablo introduced a detail that points out a peculiar way of connecting among colleagues; he described the link between the artists Sofía and Christopher as a “direct bond” that allowed a long-term conversation to take place.

The term “conversation”, etymologically from Latin: cum-versare, links the act of turning (versare), with, together (cum). More generally, it evokes the act of dwelling in company with, where human beings find themselves when together. Inspired by its etymology, I argue that Alice Yard and Beta-Local started a “Con-Versation” as an artistic and communitarian practice.

The Con-Versation, rather than being trapped in an incomprehensible crisscrossing of multiple languages, finds a peaceful mediated space in its shared creole registers.

Christopher Cozier

One of the things that Sofía said to me [when she was in Trinidad at Alice Yard], was about being in an English-speaking space that was not hierarchical and hegemonic because the relationship for Puerto Rico to English is usually through the United States. So, to find herself in a fellow colonized location where English is the dominant language, but not formal English, but Creole English. There were certain evocative resonances in terms of the kind of Creole Spanish that you all speak and the kind of Creole English that we speak, and you’re finding these weird affinities []. There’s of way where curatorial practices and institutional interfaces that we face, may miss this longstanding connections it’s always in the present tense, it’s always at that moment of exchange.

The artist Christopher Cozier emphasizes the fact that Con-Versation had the power to displace the historical established relations of imperialism and hierarchies, thanks to the act of exchanging and working in a plural region with shared experience of a system of exploitation and systematic dominance. The artist Sofía Gallisá Muriente was interested in the fact of working in an environment where English is spoken in a creolized way that does not relate to the neocolonial language, American English, that the Spanish of Puerto Rico normally relates to.

Language is not the only factor that allows the Con-Versation to take place. Even though many islands have a different predominant language that provides a sense of separation and isolation, all those places are historically and contemporarily ports that symbolize a path of communication, exchange, compromise, and trades between them. Along with this image of the island as a place for exchange, in Con-Versation are found shared vernacular expressions, common behaviors, and performative ways of storytelling, that include physical and nonverbal communication and colloquial mannerisms.

The Con-Versation in the Caribbean archipelago, therefore, can allow people to create shareable “situated knowledge” that can defy the sense of dominant hierarchy in the name of a relatable sociality. I use the term “situated knowledge” following the feminist philosopher of science Donna Haraway (1988), who defined it as a means of understanding that all knowledge comes from positional perspectives. This knowledge, while in Con-Versation, shares a kind of rhetorical mode of Caribbean discourse (Browne 2013): for example, code switching of oral and textual deployment of multiple linguistic registers, wordplay, such as innuendos and exclamatory idiophones, and nonverbal and visual semantics.

Christopher :

We share an evocative language because actually in the zone of the visual, there is sometimes, a possible common language. Because I think, critically, if we tried to kind of create a historiography of “we-have-it-here-too” in relation to say, the Euro-American traditional art narrative, where we kind of insert or include our practices, we end up in a weird zone. And it comes back to this problem of the juncture of exchange, you know? But there’s something in all our respective practices. Whether we do understand the language or the symbols or not- these are the affinities I was thinking about.

This common nonlinguistic language Christopher Cozier mentioned is created and discovered through the act of sharing actions and time that go beyond the art projects themselves. It is found through the sharing of an intimate communication of ordinary localized actions, such as sharing recipes or spending regular time together for example, which allow the People of the Sea, as Benítez-Rojo calls the pan-Caribbean population (2001:295) to establish relations among themselves (Glissant 2009).

Christopher

… we really just have to have these conversations [like the one we were having], I don’t mean in a kind of exotic, kind of folkloric way, you know, it’s not about nostalgia. It’s about sharing and seeing what we know compared to or as opposed to all we know. I think that’s a question that keeps coming up. And between ourselves, not for cultural display, nor as exotic performativity.

Sophia Gallisá Muriente

Absolutely. It’s also about just spending time with each other, spending time in these places until they become a little less foreign… [Sofía talks about the Walking Seminars were made and their methodologies] Let’s just walk and spend time, you know, slowly let’s do it. Let’s do this thing of just, covering a certain part of the island but let’s do it slowly, so we can observe. So that we can just spend time talking to each other. I think that the small moments that are about kind of like finding cultural connection or resonances can be really simple and certainly sound a little tropical.

What Sofía is introducing is the preciousness of the perception and ways of occupying and sharing time together. The time sharing defies the productive capitalistic tryptic of time-money-production. This capitalistic way of considering time and production is what Christopher later calls “the engine,” referring to the genesis of the modern Caribbean societies and their link with the Plantationocene[1] and neocapitalism. The concept of modernity is linked to that of nationhood and the sublimity of the new (Kapur 1993) with a notional idea of peoples’ national “authentic” culture. In the Caribbean, it holds a tragic inheritance determined by two historical moments (Scott 2004): of extermination, and of the capitalist plantation economy and the formation of plantation societies (Best 2001); all the while economically “bridging” the “New World” with the “Old” one.

Shared gestures, a creolized vernacular modus operandi discovered while sharing, provides an ongoing innovation and inspiration that I would, inspired by Glissant (2009) define as an aesthetic of Archipelagic sociality.

Christopher

[this way of occupying time] it’s not seen as work because it’s not work that serves the engine. [] If you think just in terms of the Caribbean at large, it was part of a machine that’s broken down. When people talk about the Anthropocene or the Plantatiocene, it began long before we came into existence as states, but we’re in the engine. [However, there are] kind of moments of idling and these behaviors that happened in spaces between plantations or between the engines, the injured in the crevices or the spaces between the engine, whether it is moving fast or slow, are celebratory spaces that we need to, acknowledge, and place a value [on] because they’re keeping us sane as opposed to jumping in, back into the engine and because when we jump into the engine, we tend to lose. And then we feel like we’re being proactive, and I mean I’m not coming up with some romances, [but] I feel that’s the zone where we meet- an out here or there off plant. […] I mean a kind of reconstruction of ourselves because that’s what’s at stake in the region. To invent a new self. Because the things we withdraw to, they fragment us regionally, but they fragment us within and we’re not able to find all the possible ways that we are. From complexion to ethnicity to sexuality, so the work or the business of the artist in the crevices between the engine, it’s a fascinating zone… it’s kinda scary actually but good; good scary, messy and good.

This “engine” has, however, a double-edged power. In the case of Beta-Local, after Hurricane Maria in 2017 the island gained visibility and received numerous of national supports that created possibilities for further investment, like being able to invite the entire team of Alice Yard to Beta-Local.

Sofia

Being able to afford to idle and work slowly which, I think, goes to the point of also to the contrast between an organization like Beta-Local and an organization like Alice Yard. … [Paradoxically] the hurricane Maria gave visibility to Puerto Rico, and that’s something that Beta-Local has had to contend with in all sorts of ways … that visibility has become an issue, right? But it’s also become an opportunity in terms of funding for an arts organization. Suddenly, you know, the organization grew in all sorts of ways because there was this kind of philanthropic bubble, brought on by disaster. […] We suddenly were able to afford, for example, to bring the four directors of Alice Yard, which in our past economic reality would not have been an option. So, that visibility and resources that came with it have also provoked a lot of thinking about how we can use this to create the kind of spaces that we need and, in part afford in some ways to be slow with certain projects like the employee handbook for example, which is a publication that has been in the works for years or, just spend time with people and not necessarily force the production of something.

Art spaces are always at risk of becoming an alibi for a neo-liberal cultural policy which precisely favors privatization and export-orientation. With the lack of strong cultural institutions and independent art centers in their respective countries, the independent institutions become repositories of knowledge and connections for the region. They paradoxically end up by embodying a chimeric space of anti-establishment and establishment (Hadchity 2019) simultaneously, attracting attention and recognition globally while maintaining a local sense of ambiguity.

Christopher

It has been one of the accusations against Alice Yard in the sense that even though we lack ambition, in terms of running down state funding or international grant funding, and we have tried to do what we can with what we have, there’s also a rumor that, oh well, we can afford to do this, that this because of some mysterious hidden hand, in our lives. […] And then at the other hand, there’s some people that see us as conduits for neo-liberal enterprises abroad that are trying to insert themselves into the narrative. […] I mean this is a funny week for us, you know, with the kind of documenta[1] conversation because […] it’s deeply ironic because we haven’t had state nor private sector funding and we can barely respond to the question that’s been asked of us by an institution of that scale, you know, on a global level.

[1] documenta is an exhibition of contemporary art that takes place in Kassel, Germany, every five years. The art center Alice Yard is part of documenta-fifteen, 2022.

Sofia

Yeah. That’s the economy we’re operating in too. Not only the economy of foundation grants.

At this stage of the Con-Versation the question of the complications caused by Covid started to come into the exchange. Covid restrictions were applied differently in the two countries: Trinidad and Tobago was in a long period of lockdown and curfew, closing the borders to foreigners, while Puerto Rico had a local lockdown but was still open to tourists from the US.

Pablo

It took us forever to start doing some things and we started to do really slow. We kind of like slow down and didn’t jump to these digital worlds, like everyone was doing. We wanted to be sensible with that content but also, we wanted to pay the people that we were supposed to be working with. Like all the workshops, seminars. So, we shifted that to commissioning pieces, writing pieces, art pieces that live on our social media, but in a really slow pace. We even did a seminar, a drawing seminar that Tony was gonna give that changed and it was all made in email exchanges. […] And for us it was important to, like Sofía said to kind of take time, to kind of go back to the shadows. But keep some of the things working because we didn’t want to leave people behind.

The Covid “survival modalities” did not fully destabilize the modus operandi of the two art centers. During the Con-Versation a sense of tropicality became apparent, where delays, last-minute changes, sketched plans and precarity toward external environmental phenomena have always offered a learning process of changing programs and plans. The discussion revealed the sense of mutual affection between the macro and micro world, between the biological environment of the Caribbean and the people and their modus operandi.

The artist Sofía Gallisá Muriente states in Celaje (fragment) (Vimeo link 0:57 min): “El Trópico devora la idea de progreso”: The tropic eats up the idea of progress. Biologically speaking, in the tropics, the effects of higher temperatures cause faster rates of evolution, and faster ways of decomposition (Brown 2014). Species in the region, while sharing resources are in a never-ending struggle for a position among one another. This can be called a “tropicality” of excess that does not allow any state of permanence, but on the contrary, forces a constant state of change. Following Sofía’s statement, the powerful biological constant changeability of the tropics provides an environmental and ideological resistance to the sense of linearity of “progress”. Slowness, unpredictability, a sense of sensorial overwhelm and the impossibility of planning rigidly in the long term are some of the common conditions between the biology of tropical places and the manner of survival of their human beings. Summarizing the Con-Versation, the phenomena of Covid-19 did not shake the basis of life in those territories. On the contrary, the forced “worldwide slow motion” Covid is interpreted as a kind of worldwide tropical status quo.

Christopher

We are accustomed of living precarious lives. I remember going back to visit Beta-Local; when I was getting out of the bus at the airport I cracked my phone screen. And just replacing a phone screen, a cheap phone screen, is a big adventure that takes days and negotiation. But that’s the kind of the normal of the lives that we live in, so even though Covid slows us down, inconveniences us and creates all kinds of chaos, but out here on the rest of the planet, there are a sequence of expectations are not part of our daily reality […] So, the Covid thing really, just like the slow-motion idea of the engine, as horrible as it is, it’s actually a kind of normal that we know. In our sort of general lives. But crystalized. That’s why I said the engine speeds up or slows down in different locations. I think this is a really weird moment but, in some ways, people might look to our societies too, because I don’t see anybody here anxious to return to normal. What’s the normal? Where’s this normal that we have to return to? It’s more about learning from how we’ve always survived with yet another new challenge.

The slow motion that Covid imposed is in reality a methodology or relationship and professional tool that can be used in order to create and share. It allows a kind of sociality that in Trinidad can be defined as a “liming”. Liming is a social collective performance (Hylland Eriksen 1990) of spontaneity and unorganized; a kind of “Communitas” (Turner 1969) action that functions as a liminal revolt against the sense of hierarchy, order, authority of the society. It provides a space of assembly, that evokes the principles of the art centers.

Sofia

You’re building space within the work to build relationships. You build relationships with peers and people that you want to build intimacy with, you know, like between Beta-Local and Alice Yard, right. You’re not inviting people to come only to work but to build relationships, to build intimacy, to build connections.

The classical Homo Faber and Homo Sacer collude in this relational space made within the Con-Versation, together with the Homo Ludens (Callois 1958), where the mundane and leisure become a kind of embodied “life extempo” of everyday life. The ludic human defeats the neoliberal sense of the “engine”, as productive time ready for consumption, removing the escapism sense of leisure as entertainment, returning to it the sense of liberation (Lefebvre 2002).

Both the art centers are willing through Con-Versation to create a space of possibilities; what Lloyd Best called the space of the carnivalesque (1999), where creativity and exchange don’t simulate power (Butler 1992) but re-fabulate it.

This Con-Versational space therefore is collective and allows the human beings to create a sociogeny that shapes the individual ontogeny (Wynter 1989).

Art centers as Con-Versation. A Space or a Place?

Christopher

I think what Alice Yard has had to come to terms with is we started as a location, and then we weren’t just a location, but we were a conversation. And so, when the first place that we were in, Woodbrook, when it became untenable for us to remain there because it’s a shared family-owned space, we just walked across to this other space which we were using all along but, but that wasn’t like our front room, that wasn’t a living room. That space was more private, things were happening quietly there, more process related things. But every time you move, you learn something new. The space in Woodbrook where we worked for the majority of our existence, was a community that was under siege. It was, it was dying in terms of it being a domestic area and it was turning into offices, and you know, and clubs and bars and you know, things like that. So, the last set of residents living in that community felt besieged, and there was that kind of tension developing between us and them because they were worried that we were another mechanism. Even though they were entertained by some of the events, the artistic practices that were taking shape there, they were always worried and looking and concerned that these things would disturb them or disturb the life that they’re losing.

For Christopher Cozier, Alice Yard started to evolve from a physical place, into a more conceptual space and more of a modus operandi. According to De Certeau (1984), a place is an instantaneous configuration of positions that implies an indication of stability. On the contrary, a space is composed of intersections of mobile elements. In relation to place, space is like the word when it is spoken, in actualization and situated as the act of the present. While moving to another neighborhood, Alice Yard kept its identity as a process of Con-Versation.

The Con-Versation allows the formation of a transcultural constructive space made of intersubjective contacts, mutual change, and collective creativity. It is an affective space where intimacies and affection are shared in the ordinary way proper to the places where the art entities are located. The Con-Versation creates a space of mutual care and engagement in constant transformation.

Christopher continues

When we moved to Belmont it was very weird. The Belmont community doesn’t feel as much under siege in the same way and, and what happened is every time, even though we haven’t done a lot of activity there because COVID has come, but every time we did something, all the families on the street, people would put chairs outside their houses, put coolers, bring out their grandmothers and children, and literally look at us with their arms folded and say: “ok, well what you gonna do? Tell us what you worth.” It’s a completely different relationship. They want us to account for ourselves with activities that intrigue, or entertain them, and that’s been kind of scary because if it gets too arty, they’re gonna say, “oh what the ass is that?”. So we’ve really gone through some big adjustments in terms of community interface. One of the best things that came out of COVID is our understanding of ourselves as a conversation that, in a sense, can be transplanted, that does exist already outside of a physical location. And combined with the sense of time that we’re talking about, and the ability, a kind of beaming to other locations. We’re kind of always present and not present at the same time. We have more concept now. Concept and a conversation rather than a place. I call it a space rather than a place. The site of the conversation.

Sofia

We too, went from a family home to a place that was more connected to a community, like one of the last pockets of neighborhood in Old San Juan.

Additionally, the Con-Versation provides the capacity to fight against the disappearance of memories. In the Zoom exchange the two art centers discussed the local possibility of disaggregation of memory, as if the local archives were porous and can disintegrate, following the path of the biological corrosive climate of the tropics themselves. Memories, like the old damp walls of tropical buildings, can crumble due to the context. According to all the speakers, disappearance is always on the horizon. There is a kind of architectonic sense of impermanence due to natural disasters typical of the region, such as earthquakes, hurricanes and volcanic eruptions among others, that maintain this sense of the precarity of life and of the maintenance of memory.

Christopher

There’s a school of thinking that scares me, like an older generation that say: “well send the work out because that’s the only way it’s going to still be here in the future”. So, they have this belief that you must get your work into foreign collections. You must get the work into international shows, because if you don’t do that it will just disappear.

Pablo emphasizes right after

Disappear.

During the Con-Versation the work was evoked of Catherine Matos Olivo, a Puerto Rican artist who passed away prematurely, and almost disappeared from mainstream artistic visibility.

Christopher

I’ve been thinking a lot about what that means in terms of the conversations we’re having, because I think it’s absolutely wonderful that in this conversation, in this space between the engine, we start talking about Cathy [Catherine Matos Olivo]. Maybe we need more time and more of that kind of orality, that kind of part of the story of our experience.

The Con-Versation allows time shared to gain a sense of timeless uninterrupted memory. Through the act of taking time, and sharing orally, it keeps open a space that keeps memories and recognition alive and in creative motion.

Pablo

… keeping the conversation, it’s oral, it means keeping actions, affections, there, together … it’s not big gestures, but always kind of like keeping that conversation. Like, Cathy still; her work, it’s in a way like it exists because of these conversations. I mean in a way, if we keep doing this, we can build a different network of memory. It’s almost getting invisible but it’s still there, like it’s the way of keeping it here.

Christopher

And it’s also another narrative, because what we’re really talking about, I mean, what attracted me to Cathy’s work wasn’t a commodity concern. It was a critical concern that I found some affinities at that time. So, it’s really about the construction of a kind of criticality that creates commonality, between and in the region.

Two photography from Catherine Matos Olivo’s art project : Trabajo=Trabajo, 2009. Digital Photography 8×1″. Courtesy by Catalina Matos Holden.

The Con-Versation reshapes the question of memory and archives. It allows us to dismantle, in its literal meaning of to remove the mantle, the caducity of the tropical characteristic of the tropics, as explained above. Thanks to the Con-Versation, the forgetting, the disappearance, will never be effective.

The Con-versation is moving toward a critical language that is shared and open. By language we don’t mean a linguistic formula, but a process of discussion that leads to the creation and affirmation of a common shared and creative space of poietic and poetic knowledge.

Christopher

In this conversation, I feel there’s something floating about, building a kinda critical language. Not language, a process… of how memory… memory’s not the right word cos I’m not thinking about nostalgia but about what affects how we see, that carries us back and forth back and forward at the same time and it changes the shape or the configuration of things around us at the same time. It’s floating in this conversation from the crevices.

Through the Con-versation there is the possibility of maintaining archives in a liminal position. The archives mutate, as happens in memory; they shape themselves, they disintegrate and re-integrate thanks to lapsus, evocative language, synesthesia and metaphors. The process of Con-Versation holds the capacity of moving the affects, taking this term in its etymology as affectus: to touch the spirit. Through the Con-Versation the spirits are touched and dance metaphorically together in a collective creative and memorial experience through sharing.

The vernacular according to Christopher Cozier keeps the language in the process of commemoration of memories and on archives. It erases the pejorative sense of the “brokenness” of spoken creole languages, maintaining their fluidity and their floatability. These archives produce a sense of awareness without becoming a form of authoritative texts. The fragmented, “broken” realities of the Caribbean, in their geo-linguistic and imperialist historical structures and neoliberal contemporary relations, create a kind of corpus, a body of works, through the act of conversing.

Moreover, the Con-Versation leads to collective creative making, that subverts the sense of nationality, sustaining plural simultaneous connections with more than one place in a kind of supranational and outernational[1] communication.

The Con-Versation maintains its performativity. It indicates the utterance of the words and non-verbal communication exchanged through orality and experience sharing. The act of con-versing creates a synergy of performative statements (Austin 1975) that performs a collective knowledge, all within the process of sharing together.

Pablo

I was talking to a good colleague yesterday and, he mentioned the fact that sometimes we need to accept that we lost, you know. That we have really powerful enemies, and we need to accept that. For the first wave of Covid for example, in the context where Beta-Local operates, we were fine. The community was fine. People were caring for each other, but then once tourism opened up, that was a wave that we couldn’t control. That was one of the reasons why we kept our space closed because Beta-Local is in a highly tourist area, and suddenly you have just waves of people coming from the States, from the places that are like the worst in terms of Covid. So, it was like you cannot do anything. You get angry, and you need to find a way to keep your composure.

Christopher

I still have a slight… one of the most traumatic memories in terms of what you’re saying, was one of the sense, space-memories that I have of San Juan in the last few days before we left was the noise of cabin suitcases on the cobblestones, and the shouting of Americans, sort of spring breakers. And I felt it echoes between the buildings. And I remember one occasion in the middle of the night, even though the curfew was on, coming and looking out onto the balcony and seeing a horde of Americans, tumbling with roller thingies, and saying like “urghhhhh” you know. And I thought of it in terms of the dangers that you’re talking about. And it’s a scary memory. And I don’t know why that came up, but as you started Pablo, it really hit me. Cos, I remember those last couple of days when the game turned on us…

In this sharing the artists are talking about silence with two opposing values. Following Christopher’s memory, the local lockdown provoked a physical lack of human sound in the city that was maximized by the echo-effect of the uproar of careless tourists who were not affected by local rules. Here the imposed silence of the local population in San Juan, due to the local lockdown and the dominance of US-based tourism that exists in Puerto Rico, go hand in hand with the sense of powerlessness Pablo was sharing. However, during our Con-Versation, I felt that silence could also become an agentive maneuver, when he said that they chose to close the art center. Silence in this case was not a subjugated imposition, but a decision. Silence, as the photographer Susan Sontag (1969) explains, becomes decisive, eloquent, and relational; it leads to an unselfconscious attention to the world.

Christopher answered empathetically with a common Trinidadian expression that is also the title of one of his works:

Yeah! When yuh miss me, I gone. Right? [laughs]

I conclude this text by thanking this conversation, since it is because of it that I was able to learn more about the power of Con-Versation. The two art centers, Alice Yard and Beta-Local, despite their different geographical locations in the Caribbean region, their different languages and institutional arrangements, have in common a process of artistic research, socio-aesthetic critique and way of relating within their communities and transnationally that can be summarized as Con-Versation. This displays as an experience of making and being together, allowing the subversive powerful action of intimacy to counter the dialectical cosmology of eternal repetition of political normativity of domination, and (neo)colonization.

[1]In the course of the article, will be explained the usage of the word and concept of conversation, or “Con-Versation”, will be explained, as a type of sociality that provides creation while sharing actions and critical discourse together in specific ways.

[2] The term Plantationocene, unlike the term Anthropocene, puts colonialism, plantation capitalism, and its correlated historical racial and coloristic hierarchies at the center of the human impact on the earth.

[3] documenta is an exhibition of contemporary art that takes place in Kassel, Germany, every five years. The art center Alice Yard is part of documenta-fifteen, 2022.

[4] The term Outernational refers to a place positioned outside of history; as a shapeless world that has been developing at the periphery of the international sphere. It is usually used for contemporary, non-mainstream music for reasons that are usually linked with ethnicity. The Outernational bodies of music occupy a space outside of history, sometimes considered an echo of the international core but mostly unknown http://v1.the-attic.net/outernational/about; https://theatticmag.com/features/1245/the-outernational-condition.html

[5] (Trinidadian, Caribbean, slang) hanging around, usually in a public place with friends, enjoying the scene.

[6] Le terme Externational (avant traduction: Outernational) fait référence à un lieu situé en dehors de l’histoire ; comme un monde sans forme qui s’est développé à la périphérie de la sphère internationale. Il est généralement utilisé pour la musique contemporaine non traditionnelle généralement liée à l’ethnicité. Les corps musicaux extérieurs occupent un espace hors de l’histoire, parfois considéré comme un écho du noyau international, mais majoritairement inconnu. http://v1.the-attic.net/outernational/about; https://theatticmag.com/features/1245/the-outernational-condition.html

References

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Brown, James H. 2014. “Why are there so many species in the tropics?”, Journal of Biogeography,Vol 41, 8–22

Browne Kevin Adonis, 2013. Tropic tendencies. Rhetoric, Popular Culture and the anglophone Caribbean. University of Pittsburg Press

Butler Judith. 1992. “Mbembe’s Extravagant Power.” Public Culture 5 (1): 67-74.

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Haraway Donna, “Situated Knowledges: The Science Question in Feminism and the Privilege of Partial Perspective”, Feminist Studies, Vol. 14, No. 3. (Autumn, 1988), pp. 575-599.

Hylland Eriksen Thomas, 1990. Liming In Trinidad The Art Of Doing Nothing, FOLK reprint Vol 32.

Kapur Geeta. “When was modernisn in Indian art?” South Atlantic Quaterly, Vol.92 N 3, Summer 1993 pp.295-324

Lefebvre Henri, 1958. “Work and leisure in everyday life”, edited by Ben Highmore, The Everyday Life, Routledge, London: pp. 225-236

Scott David, “Modernity that Predated the Modern: Sidney Mintz’s Caribbean”, History Workshop Journal, Volume 58, Issue 1, AUTUMN 2004, Pages 191–210

Sontag Susan, 1969, “The aesthetics of silence” in Styles of Radical Will, New York : Farrar, Straus and Giroux

Turner Victor, [1969] 1996, The Ritual Process: Structure and Anti-Structure, London: Routledge

Wynter Sylvia, 1989. “Beyond the Word of Man: Glissant and the New Discourse of the Antilles”, World Literature Today, Autumn, 1989, Vol. 63, No. 4, Edouard Glissant Issue, pp. 637-648

Artworks mentioned:

Sofía Gallisá Muriente. Celaje (fragment), 2021, https://vimeo.com/533245300#

Christopher Cozier, When you miss me, I gone, 3rd Industrial Art Biennial, Pula, Croatia 2020

MAICA GUGOLATI
Maica Gugolati born in Italy in 1985, is a researcher anthropologist affiliated to the Institute of African Worlds, France. She is a member of AÏCA South Caribbean art association and TSOEG artists one. She holds a PhD (2018 EHESS, The School of Advanced Studies of Social Sciences) in social anthropology with a specialization in visual and performance studies. Her expertise is in postcolonial theories and
decolonial practices of research, intertwined between multilingual Imperialistic cases of study. Till January 2022 she won a Collective Grant by IRF, London UK about digitality and the West Indian carnival of Nottinghill, London. She is an author of several academic articles and blogs, her contributions are published by Illinois Press, Routledge, CRNS, Allegra Lab, Faire Monde(s) among others in online and on paper journals as En Être. She is a photographer and artist as well, her art projects have been exhibited by Onca art Gallery, Brighton UK, Arima, Trinidad and Tobago, and online. She is a coeditor for Black Diaspora academic journal edited by BRILL, The Netherlands, and a co-educator for Decolonial Dialogues research blog, UK. She is a feminist researcher, independent art curator and experimental collaborator with artists and she is an invisible-disable urban dancer. Her curatorial works can be consulted online at Art Curator Grid platform. She was a speaker in several academic conferences and arts institutions as the Tate Modern, London, and the Cité des Arts Internationales, Paris.

Maica Gugolati

Una Con-versación1 entre Alice Yard y Beta-Local

Este artículo trata de una discusión entre dos comunidades artísticas de la región del Caribe: Alice Yard, de Trinidad y Tobago, y Beta-Local, de Puerto Rico. El enfoque de esta contribución es recuperar una conversación pasada entre las dos entidades, la cual fue interrumpida por la segunda ola de COVID-19 en Estados Unidos, en 2020. En ese momento los directores de Alice Yard fueron invitados por Beta-Local a iniciar un intercambio transcaribeño. Gracias a esta publicación, me propuse reiniciar digitalmente ese debate interrumpido: ¿qué pasaría si la pandemia nunca hubiera ocurrido? Sin embargo, esta pregunta está formulada en un condicional pasado; los dos centros de arte tuvieron que enfrentarse a restricciones relacionadas al COVID que quizá les empujaron hacia enfoques diferentes a los de sus formas comunitarias de colaborar local y transnacionalmente. Por lo tanto, he optado por cambiar la pregunta principal que acompaña el intercambio por la siguiente: ¿cómo puede continuar y enriquecerse esta Conversación en la actualidad?

El encuentro de Zoom fue con el artista Christopher Cozier, uno de los tres co-directores de Alice Yard, la artista Sofía Gallisá Muriente, quien concluyó la dirección de Beta-Local durante la pandemia, y el artista Pablo Guardiola, une de les actuales co-directores de Beta-Local. El intercambio en línea dio un giro filosófico y se convirtió en una lluvia de ideas compartidas acerca de los conceptos y las prácticas de aquello que significa tener o crear una “conversación” entre elles. Decidí, por tanto, conservar este formato de diálogo en el texto, intentando analizar los principales ejes del intercambio oral y manteniendo algunos de los modismos y expresiones utilizadas. Los dos centros de arte, Alice Yard y Beta-Local, se pusieron en contacto por primera vez en 2015, cuando les artistas Sofía Gallisá Muriente y Christopher Cozier se conocieron en el centro de arte TEOR/éTica en Costa Rica. Tras este primer encuentro, Sofía fue invitada a participar en la residencia artística de Alice Yard en Trinidad y Tobago; y, tras esa experiencia, todo el equipo de Alice Yard fue invitado a Puerto Rico para una residencia institucional en 2020, la primera en la historia de Beta-Local. Durante la conversación en línea, el artista Christopher Cozier evocó una práctica secular de intercambios pancaribeños entre profesionales del arte; recordó una foto de archivo en blanco y negro de los años 50 que encontró al azar, una foto de bailarines y artistas visuales en el aeropuerto de Piarco en Trinidad, que se dirigían a Puerto Rico. Al igual que esta pieza de archivo histórico, el chat en línea funcionó como una rápida conexión en el tiempo y el espacio, en un viaje global post-pandémico en línea casi surreal, donde nos encontramos frente a cuatro pantallas con sede en Trinidad, Puerto Rico, Nueva York y Londres.

Las dos entidades

Alice Yard en Trinidad es un espacio de arte contemporáneo y una organización sin fines de lucro fundada a finales de enero de 2020 en Granderson Lab, en Belmont, Trinidad. Es administrada por el arquitecto Sean Leonard, el artista Christopher Cozier, el escritor y
editor Nicholas Laughlin y el diseñador Kriston Chen. Es una institución independiente que evita ferozmente cualquier acuerdo de financiación permanente. El espacio se concibe como una plataforma para la experimentación y como una incubadora para artistas jóvenes.

Vista frontal del laboratorio Granderson, en Belmont, Puerto España, Trinidad, TT, WI. Fotografía: Kriston Chen

Christopher Cozier, Sean Leonard, Nicholas Laughlin y Kriston Chen de Alice Yard, Belmont, Puerto España, Trinidad, TT, WI. Fotografía: Mark Lyndersay

Trinidad y Tobago es un país caribeño que se independizó de su colonizador oficial, Reino Unido, en 1962. Sus costas están a pocas millas de Venezuela, a través del Golfo de Paria. La economía de la república de las islas gemelas, a diferencia de la mayoría de las naciones y territorios caribeños que dependen del turismo, es principalmente industrial, con énfasis en las reservas de petróleo y gas natural.

Beta-Local, con sede en San Juan, Puerto Rico, es una organización artística sin fines de lucro y un grupo de trabajo, con un sistema de co-directores rotatories, híbrido en su composición y organización. Es un espacio de discusión crítica, con un programa de estudios y producción, un proyecto educativo experimental. Beta-Local está hoy co-dirigido por les artistas Nibia Pastrana Santiago, Pablo Guardiola y Michael Linares.

Fiesta de Navidad de Beta-Local, 2018. Fotografía: Juanky Álvarez

Beta-Local team: clockwise below left_ Pablo Guardiola, Michael Linares, Nibia Pastrana, Anahí Lazarte (in the small circle), Sofía Gallisá Muriente (in the small square) and Yarima González (B-L’s administrator at the time who is no longer with B-L). Photo: screenshot Sofía Gallisá Muriente

Históricamente, la isla caribeña de Puerto Rico está vinculada a Estados Unidos desde la Guerra Hispanoamericana de 1898, cuando la isla fue cedida por su antiguo gobernante, España, a Estados Unidos. En 1952, Puerto Rico se convirtió en un Estado Libre Asociado, lo que lo define como un territorio perteneciente a Estados Unidos, pero no parte de éste. Por lo tanto, les puertorriqueñes son ciudadanes estadounidenses que no tienen derecho a votar en las elecciones de Estados Unidos ni a votar en el Congreso.

La Con-Versación

Pablo Guardiola

Beta-Local tiene un gran interés en construir diálogo con el Caribe, lo cual es realmente difícil y [sonido de exasperación] complicado. Creo que también parte de la complejidad de eso es que en el Caribe, entre sus muchas fragmentaciones, también está la fragmentación del lenguaje.

El artista Pablo Guardiola introduce uno de los problemas a los que se enfrentan al querer mantener una conversación entre diferentes partes de la región del Caribe: su poliglosia. Debido a la fragmentación de la región entre pasados y oficios históricos coloniales imperialistas, el director artístico comparte un sentimiento conflictivo sobre las limitaciones lingüísticas que ilustra una tendencia a las relaciones endogámicas, incluso en los intercambios artísticos.

Pablo

Queremos seguir teniendo la misma estructura de cómo nos relacionamos con otras personas, en particular con el resto del Caribe. Es como un interés que va desde leer más literatura y teorías del Caribe, pero también por tener diálogos y conversaciones directas. Pero… [Pablo hace una pausa de reflexión] lleva tiempo… Pero cuando Sofía estuvo en Costa Rica y conoció a Chris, de repente tuvieron un vínculo directo. Después de eso, también otras personas de Trinidad asociadas a Alice Yard han visitado Puerto Rico a través de estos diferentes programas relacionados con Beta-Local, y es casi un espíritu de querer tener una interacción directa con compañeros de la región. […] Cuando nosotres [les directores de Beta-Local] hablamos de instituciones artísticas, nos interesa [el] espectro completo de ellas. Somos muy crítiques con lo que hay detrás de una organización de artistas, de un espacio propio de une artista y de las instituciones artísticas en general.

Pablo Guardiola introduce una cuestión común en la región del Caribe, y en los estudios caribeños, que puede limitar la idea de un intercambio pancaribeño unido. Incluso los ensayos críticos sobre la cultura caribeña, los escritos antropológicos y sociológicos, dependen de un sistema de traducción oficial que puede limitar la accesibilidad debido a la poliglosia diversa en la región. De acuerdo también con mi experiencia en el campo, muchas de las contribuciones académicas se vuelven inaccesibles debido a sus publicaciones lingüísticas y a la red editorial y de distribución. El Caribe es una región compleja formada por sociedades plurales postindustriales, que el escritor cubano Benítez-Rojo describe como polirrítmicas (2001). Con este término describe que cada país caribeño tiene un ritmo central desplazado por otros ritmos, de tal manera que se funden en un estado de flujo. Los archipiélagos expresan una pluriversalidad de cosmogonías variadas que están interconectadas.

Pablo introdujo un detalle que señala una forma peculiar de conectar entre colegas; describió el vínculo entre les artistas Sofía y Christopher como un “lazo directo” que permitió que se produjera una conversación a largo plazo.

El término “conversación”, etimológicamente del latín cum-versare, vincula el acto de “girar” (versare), con “juntos” (cum). En términos más generales, evoca el acto de habitar en compañía de, donde los seres humanos se encuentran cuando están juntos.

Inspirándome en su etimología, sostengo que Alice Yard y Beta-Local iniciaron una “Con-Versación” como práctica artística y comunitaria.

La Con-Versación, en lugar de quedar atrapada en un incomprensible entrecruzamiento de múltiples lenguas, encuentra un espacio pacífico mediado en sus registros criollos compartidos.

Christopher Cozier

Una de las cosas que Sofía me dijo [cuando estaba en Trinidad en Alice Yard] era sobre estar en un espacio angloparlante que no fuera jerárquico y hegemónico, porque la relación de Puerto Rico con el inglés suele ser a través de Estados Unidos; por tanto, encontrarse en un lugar también colonizado donde el inglés es la lengua dominante, pero no con un inglés propio, sino una especie de inglés criollo. Había ciertas resonancias evocadoras en términos del tipo de español criollo que todes ustedes hablan y el tipo de inglés criollo que nosotres hablamos, y está encontrando estas extrañas afinidades […]. De manera que, en las prácticas curatoriales y las interfaces institucionales a las que nos enfrentamos, se pueden perder estas conexiones de larga duración siempre en el tiempo presente, es siempre en ese momento de intercambio

El artista Christopher Cozier destaca el hecho de que Con-Versación tuvo el poder de desplazar las relaciones históricas establecidas del imperialismo y jerarquías, gracias al hecho de intercambiar y trabajar en una región plural con experiencia compartida de un sistema de explotación y dominación sistemática. A la artista Sofía Gallisá Muriente le interesó el hecho de trabajar en un entorno en el que se habla un inglés criollizado que no se relaciona con el idioma neocolonial, el inglés estadounidense, con el que normalmente se relaciona el español de Puerto Rico.

El idioma no es el único factor que permite la Con-Versación. Aunque muchas islas tienen una lengua predominante diferente que proporciona una sensación de separación y aislamiento, todos esos lugares son histórica y contemporáneamente puertos que simbolizan una vía de comunicación, intercambio, compromiso y comercio entre ellos. Junto a esta imagen de la isla como lugar de intercambio, en Con-Versación se encuentran expresiones vernáculas compartidas, comportamientos comunes y formas performativas de contar historias, que incluyen la comunicación física y no verbal y los manierismos coloquiales.

La Con-Versación en el archipiélago caribeño, por tanto, puede permitir a la gente crear un “conocimiento situado” compartible que puede desafiar el sentido de la jerarquía dominante en nombre de una socialidad relacionable. Utilizo el término “conocimiento situado” siguiendo a la filósofa feminista de la ciencia Donna Haraway (1988), que lo definió como un medio para entender que todo conocimiento procede de perspectivas posicionales. Este conocimiento, si bien en Con-Versación, comparte una especie de modo retórico del discurso caribeño (Browne 2013)— por ejemplo, el cambio de código del despliegue oral y textual de múltiples registros lingüísticos, los juegos de palabras, como las insinuaciones y los idiófonos exclamativos, y la semántica no verbal y visual.

Christopher

Compartimos un lenguaje evocador porque, en realidad, en la zona de lo visual, hay a veces una especie de lenguaje común. Porque creo que, críticamente, si intentáramos crear una historiografía como la que tenemos aquí en relación con, por ejemplo, la narrativa artística tradicional euroamericana, en la que insertamos o incluimos nuestras prácticas, acabaríamos en una zona extraña. Y vuelve a este problema de la coyuntura del intercambio, ¿sabes? Pero hay algo en todas nuestras respectivas prácticas. Ya sea que entendamos el lenguaje o los símbolos, estas son las afinidades en las que estaba pensando.

Este lenguaje común no lingüístico, que mencionaba Christopher Cozier, se crea y se descubre a través del acto de compartir acciones y tiempo que van más allá de los propios proyectos artísticos. Se encuentra a través de la comunicación íntima de acciones ordinarias localizadas, como compartir recetas o pasar tiempo regular juntes, por ejemplo, que permiten a la Gente del Mar, como Benítez-Rojo llama a la población pancaribeña (2001:295), establecer relaciones entre elles (Glissant 2009).

Christopher

[…] realmente sólo tenemos que tener estas conversaciones [como la que estábamos teniendo], no me refiero a una especie de exotismo, una especie de folclore, ya sabes, no se trata de nostalgia. Se trata de compartir y ver lo que conocemos en comparación con todo lo que conocemos. Creo que es una cuestión que sigue surgiendo. Y entre nosotres, no para la exhibición cultural, ni como performatividad exótica.

Sofía Gallisá Muriente

Por supuesto. También se trata de pasar tiempo entre nosotres, de pasar tiempo en estos lugares hasta que se vuelvan un poco menos extraños… simplemente caminemos y pasemos tiempo, ya sabes, lentamente hagámoslo. Hagamos esto de sólo cubrir cierta parte de la isla, pero hagámoslo lentamente, para poder observar. Para que podamos pasar tiempo hablando entre nosotres. Creo que los pequeños momentos que tienen que ver con la búsqueda de conexiones o resonancias culturales pueden ser realmente sencillos y, ciertamente, suenan un poco tropicales.

Lo que Sofía introduce es el valor de la percepción y las formas de ocupar y compartir el tiempo juntos. El tiempo compartido desafía la tríptica productiva capitalista de tiempo-dinero-producción. Esta forma capitalista de considerar el tiempo y la producción es lo que Christopher llama más tarde “el motor”, refiriéndose a la génesis de las sociedades modernas caribeñas y su vínculo con el Plantatioceno y el neocapitalismo. El concepto de modernidad está vinculado al de nación y a la sublimidad de lo nuevo (Kapur 1993) con una idea nocional de la cultura nacional “auténtica” de los pueblos. En el Caribe, encierra una herencia trágica determinada por dos momentos históricos (Scott 2004): el del exterminio y el de la economía de plantación capitalista y la formación de sociedades de plantación (Best 2001); todo ello mientras se “tiende un puente” económico entre el “Nuevo Mundo” y el “Viejo”.

Los gestos compartidos, un modus operandi vernáculo criollizado que se descubre al compartir, proporciona una innovación e inspiración continuas que, inspirándome en Glissant (2009), definiría como una estética de la Socialidad archipelágica.

Christopher

[Esta forma de ocupar el tiempo] no se ve como un trabajo porque no es un trabajo que sirva al motor. […] Si se piensa sólo en términos del Caribe en general, era parte de una máquina que se ha roto. Cuando la gente habla del Antropoceno o del Plantatioceno, empezó mucho antes de que nosotres existiéramos, pero estamos en el motor. [Sin embargo, hay] una especie de momentos de inactividad y estos comportamientos que ocurren en los espacios entre las plantaciones o entre las lesiones, les herides en las grietas de los espacios entre el motor, rápido o lento, son una especie de espacios de celebración que tenemos que reconocer, y poner un valor [en] porque nos están manteniendo cuerdes en lugar de saltar en, de nuevo en el motor y porque cuando saltamos en el motor, tendemos a perder. Y entonces sentimos que estamos siendo proactivos, y quiero decir que no estoy saliendo con algunos romances, [pero] siento que esa es la zona donde nos encontramos. […] Me refiero a una especie de reconstrucción de nosotres mismes, porque eso es lo que está en juego en la región. Inventar un nuevo yo. Porque las cosas a las que nos retiramos, nos fragmentan regionalmente, pero nos fragmentan por dentro y no somos capaces de encontrar todas las formas posibles de ser. Desde la complexión hasta la etnia, pasando por la sexualidad, así que el trabajo o el negocio del artista en las grietas entre les herides, es una zona fascinante… da un poco de miedo en realidad pero es bueno; un miedo bueno, desordenado y bueno.

Este “motor” tiene, sin embargo, un poder de doble filo. En el caso de Beta-Local, tras el huracán María, en 2017, la isla ganó visibilidad y recibió numerosos apoyos nacionales que crearon posibilidades de mayor inversión, como poder invitar a todo el equipo de Alice Yard a Beta-Local.

Sofía

Poder permitirse el lujo de estar inactivo y trabajar lentamente, lo cual, creo, contrasta entre una organización como Beta-Local y una organización como Alice Yard. […] [Paradójicamente] el huracán María dio visibilidad a Puerto Rico, y eso es algo con lo que Beta-Local ha tenido que lidiar de todas las maneras, y esa visibilidad se ha convertido en un problema, ¿verdad? Pero también se ha convertido de repente en la oportunidad en términos de financiación para una organización artística. De repente, ya sabes, la organización creció en todo tipo de formas porque había este tipo de burbuja filantrópica, ya sabes, de toda esta filantropía del desastre que apareció. […] De repente pudimos permitirnos, por ejemplo, traer a los cuatro directores de Alice Yard, algo que en nuestra anterior realidad económica no habría sido necesariamente una opción. Así que, esa visibilidad y recursos que vinieron con el desastre también han provocado mucha reflexión sobre cómo podemos utilizar esto para crear el tipo de espacios que necesitamos y, en parte, sobre cómo podemos permitirnos de alguna manera ser lentos con ciertos proyectos como el manual del empleado, por ejemplo, que es una publicación que ha estado trabajándose durante años; o, simplemente, permitirnos pasar tiempo con la gente y no necesariamente forzar la producción de algo.

Los espacios de arte siempre corren el riesgo de convertirse en una coartada para una política cultural neoliberal que precisamente favorece la privatización y la orientación a la exportación. Ante la falta de instituciones culturales fuertes y centros de arte independientes en sus respectivos países, las instituciones independientes se convierten en depósitos de conocimiento y conexiones para la región. Paradójicamente, acaban encarnando un espacio quimérico de anti-establecimiento y establecimiento (Hadchity 2019) simultáneamente, atrayendo la atención y el reconocimiento a nivel global mientras mantienen un sentido local de ambigüedad.

Christopher

Ha sido una de las acusaciones contra Alice Yard en el sentido de que, aunque carecemos de ambición, en términos de agotamiento de la financiación estatal o de las subvenciones internacionales, y que tratamos de hacer lo que podemos con lo que tenemos, también hay una sensación de que, bueno, podemos permitirnos hacer esto, gracias a alguna misteriosa mano oculta, en nuestras vidas. […] Y luego, por otro lado, hay algunas personas que nos ven como conductos para las empresas neoliberales en el extranjero que están tratando de insertarse en la narrativa. […] Quiero decir que esta es una semana divertida para nosotres, ya sabes, con el tipo de conversación de la documenta3 porque […] es profundamente irónico porque no hemos tenido financiación del estado ni del sector privado y apenas podemos responder a la pregunta que nos ha hecho una institución de esa escala, ya sabes, a nivel global.

Sofía

Sí. Esa es la economía en la que operamos también. No sólo esa economía de las subvenciones de las fundaciones.

En esta fase de la Con-Versación empezó a entrar en el intercambio la cuestión de las complicaciones causadas por el COVID. Las restricciones por COVID se aplicaban de forma diferente en los dos países: Trinidad y Tobago se encontraba en un largo periodo de bloqueo y toque de queda, cerrando las fronteras a les extranjeres, mientras que Puerto Rico tenía un bloqueo local pero seguía abierto a les turistas de EE.UU..

Pablo

Tardamos una eternidad en empezar a hacer algunas cosas y empezamos a hacerlo muy despacio. Nos pusimos en marcha despacio y no saltamos a estos mundos digitales, como hacía todo el mundo. Queríamos ser sensates con ese contenido, pero también queríamos pagar a la gente con la que debíamos trabajar. Como todos los talleres y seminarios. Así que pasamos a encargar piezas, piezas de escritura, piezas de arte que viven en nuestras redes sociales, pero a un ritmo muy lento. Incluso hicimos un seminario, un seminario de dibujo que Tony iba a dar que cambió, y todo se hizo en los intercambios de correo electrónico. […] Y para nosotres era importante, como dijo Sofía, tomarnos un tiempo, volver a las sombras. Pero mantener algunas de las cosas en funcionamiento porque no queríamos dejar a la gente atrás.

Las “modalidades de supervivencia” del COVID no desestabilizaron del todo el modus operandi de los dos centros de arte. Durante la Con-Versación se puso de manifiesto una sensación de tropicalidad, en la que los retrasos, los cambios de última hora, los planes esbozados y la precariedad ante los fenómenos ambientales externos han ofrecido siempre un proceso de aprendizaje de cambio de programas y planes. La discusión reveló el sentido de afección mutua entre el macro y el micromundo, entre el entorno biológico del Caribe y la gente y su modus operandi.

La artista Sofía Gallisá afirma en Celaje (fragmento) (Ver debajo enlace Vimeo 0:57 min): “El Trópico devora la idea de progreso”. Desde el punto de vista biológico, en los trópicos, los efectos de las temperaturas más altas provocan ritmos de evolución más rápidos, y formas de descomposición más rápidas (Brown 2014). Las especies de la región, aunque comparten recursos, están en una lucha interminable por una posición entre ellas. Esto puede llamarse una “tropicalidad” de exceso que no permite ningún estado de permanencia; sino que, por el contrario, obliga a un estado constante de cambio. Siguiendo la afirmación de Sofía, la poderosa variabilidad biológica constante de los trópicos proporciona una resistencia ambiental e ideológica al sentido de linealidad del “progreso”. La lentitud, la imprevisibilidad, la sensación de agobio sensorial y la imposibilidad de planificar rígidamente a largo plazo son algunas de las condiciones comunes entre la biología de los lugares tropicales y la forma de supervivencia de sus seres humanos. Resumiendo la Con-Versación, los fenómenos de COVID-19 no sacudieron las bases de la vida en esos territorios. Por el contrario, la forzada “cámara lenta mundial” de COVID se interpreta como una especie de status quo tropical mundial.

Christopher

Estamos acostumbrades a vivir vidas precarias. Recuerdo cuando volví a visitar Beta-Local, cuando bajé del autobús en el aeropuerto se me rompió la pantalla del teléfono. Y el simple hecho de cambiar la pantalla de un teléfono, una pantalla de teléfono barata, es una gran aventura que lleva días y negociaciones. Pero eso es lo normal en nuestras vidas, así que aunque el COVID nos ralentiza, nos incomoda y crea todo tipo de caos, aquí en el planeta hay una serie de expectativas que no forman parte de nuestra realidad diaria […] Así que, lo del COVID, al igual que la idea de la cámara lenta, por horrible que sea, es en realidad un tipo de normalidad que conocemos. En nuestro tipo de vida general. Pero cristalizado. Por eso he dicho que el motor se acelera o se ralentiza en diferentes lugares. Creo que este es un momento realmente extraño pero, en cierto modo, la gente podría mirar también a nuestras sociedades, porque no veo a nadie aquí ansiose por volver a la normalidad. ¿Qué es lo normal? ¿Dónde está esa normalidad a la que tenemos que volver? Se trata más bien de aprender de cómo hemos sobrevivido siempre con un nuevo reto.

La cámara lenta que impuso el COVID es en realidad una metodología o relación y herramienta profesional que se puede utilizar para crear y compartir. Permite un tipo de socialidad que en Trinidad puede definirse como liming. El liming es una actuación social colectiva (Hylland Eriksen 1990) espontánea y desorganizada; una especie de acción de Communitas (Turner 1969) que funciona como una revuelta liminar contra el sentido de jerarquía, orden, autoridad de la sociedad. Proporciona un espacio de reunión, que evoca los principios de los centros de arte.

Sofía

Estás construyendo un espacio dentro de la obra para construir relaciones. Construyes relaciones con tus compañeres y con la gente con la que quieres construir intimidad, ya sabes, como entre Beta-Local y Alice Yard, cierto. No invitas a la gente a que venga sólo a trabajar, sino a construir relaciones, a construir intimidad, a construir conexiones.

El Homo Faber clásico y el Homo Sacer confabulan en este espacio relacional realizado dentro de la Con-Versación, junto con el Homo Ludens (Callois 1958), donde lo mundano y el ocio se convierten en una especie de “vida extempo” encarnada de la vida cotidiana.

El humano lúdico derrota el sentido neoliberal del “motor” como tiempo productivo listo para el consumo, eliminando el sentido de escapismo del ocio como entretenimiento, devolviéndole el sentido de liberación (Lefebvre 2002).

Ambos centros de arte están dispuestos, a través de la Con-Versación, a crear un espacio de posibilidades; lo que Lloyd Best llamó el espacio de lo carnavalesco (1999), donde la creatividad y el intercambio no simulan el poder (Butler 1992), sino que lo refabulan.

Este espacio de Con-Versación, por tanto, es colectivo y permite a los seres humanos crear una sociogenia que da forma a la ontogenia individual (Wynter 1989).

Los centros de arte como Con-Versación. ¿Un espacio o un lugar?

Christopher

Creo que lo que Alice Yard ha tenido que asumir es que empezamos como un lugar, y luego no fuimos sólo un lugar, sino que fuimos una conversación. Así, cuando el primer lugar en el que estábamos, Woodbrook, cuando se volvió insostenible permanecer allí para nosotros porque es un espacio de propiedad familiar y se estaban manifestando ciertas incomodidades, simplemente cruzamos a este otro espacio que ya usábamos todo el tiempo, pero que no era como nuestra habitación principal, que no era una sala de estar. Ese espacio era más privado, las cosas sucedían en silencio allí, más cosas relacionadas con el proceso. Pero cada vez que te mudas, aprendes algo nuevo. El espacio en Woodbrook, donde trabajamos durante la mayor parte de nuestra existencia, era una comunidad que estaba sitiada. Estaba, estaba muriendo en términos de ser un área doméstica y se estaba convirtiendo en oficinas, y ya sabes, y clubes y bares, y ya sabes, cosas así. Así que el último grupo de residentes que vivía en esa comunidad se sentía asediado, y había esa especie de tensión que se desarrollaba entre nosotres y elles porque les preocupaba que fuéramos otro mecanismo. Aunque les divertían algunos de los eventos, las prácticas artísticas que se estaban llevando a cabo allí, siempre estaban preocupades y pendientes de que estas cosas les perturbaran o perturbaran la vida que están perdiendo.

Para Christopher Cozier, Alice Yard comenzó a evolucionar desde un lugar físico, hacia un espacio más conceptual y más de un modus operandi. Según De Certeau (1984), un lugar es una configuración instantánea de posiciones que implica una indicación de estabilidad. Por el contrario, un espacio se compone de intersecciones de elementos móviles. En relación con el lugar, el espacio es como la palabra cuando se habla, en actualización y situado como el acto del presente. Al trasladarse a otro barrio, Alice Yard mantuvo su identidad como un proceso de Con-Versación.

La Con-Versación permite la formación de un espacio constructivo transcultural hecho de contactos intersubjetivos, cambio mutuo y creatividad colectiva. Es un espacio afectivo en el que se comparten intimidades y afectos de la manera ordinaria propia de los lugares donde se encuentran las entidades artísticas. La Con-Versación crea un espacio de cuidado y compromiso mutuo en constante transformación.

Christopher continúa

Cuando nos mudamos a Belmont fue muy extraño. La comunidad de Belmont no se siente tan asediada de la misma manera; y lo que ocurrió es que cada vez, aunque no hemos hecho mucha actividad allí porque ha venido el COVID, pero cada vez que hacíamos algo todas las familias de la calle, la gente ponía sillas fuera de sus casas, ponía neveras, sacaba a sus abuelas y a sus hijes, y nos miraba literalmente con los brazos cruzados y decía: “Vale, ¿qué vas a hacer? Dinos lo que vales”. Es una relación completamente diferente. Quieren que demos cuenta de nosotres mismes con actividades que les intriguen o entretengan, y eso ha sido un poco aterrador porque si se vuelve demasiado artístico van a decir: “Oh, ¿qué demonios es eso?”. Así que hemos hecho grandes ajustes en cuanto a la interfaz de la comunidad. Una de las mejores cosas que surgieron del COVID es nuestra comprensión de nosotres mismes como una conversación que, en cierto sentido, puede ser trasplantada, que ya existe fuera de un lugar físico; y combinado con el sentido del tiempo del que estamos hablando, y la capacidad, una especie de transporte a otros lugares. Estamos como siempre presentes y no presentes al mismo tiempo. Ahora tenemos más concepto. Un concepto y una conversación más que un lugar. Yo lo llamo un espacio más que un lugar. El sitio de la conversación.

Sofía

Nosotres también pasamos de una casa familiar a un lugar que era una comunidad, como los últimos focos de vecinos en el viejo San Juan.

Además, la Con-Versación proporciona la capacidad de luchar contra la desaparición de los recuerdos. En el intercambio de Zoom los dos centros de arte discutieron la posibilidad local de desagregación de la memoria, como si los archivos locales fueran porosos y pudieran desintegrarse, siguiendo el camino del clima biológico corrosivo de los propios trópicos. Los recuerdos, como las viejas paredes húmedas de los edificios tropicales, pueden desmoronarse debido al contexto. Según todes les ponentes, la desaparición está siempre en el horizonte. Hay una especie de sentido arquitectónico de la impermanencia debido a los desastres naturales típicos de la región, como los terremotos, los huracanes y las erupciones volcánicas, entre otros, que mantienen este sentido de la precariedad de la vida y del mantenimiento de la memoria.

Christopher

Hay una escuela de pensamiento que me asusta, como una generación mayor que dice: “bueno, envía el trabajo fuera porque es la única manera de que siga aquí en el futuro”. Por lo tanto, tienen esta creencia de que debes conseguir que tu trabajo esté en colecciones extranjeras. Tienes que llevar tu obra a exposiciones internacionales, porque si no lo haces, desaparecerá.

Pablo subraya justo después

Desaparecer.

Durante la Con-Versación se evocó la obra de Catherine Matos Olivo, una artista puertorriqueña que falleció prematuramente, y que estuvo a punto de desaparecer de la principal visibilidad artística.

Christopher

He estado pensando mucho en lo que eso significa en términos de las conversaciones que estamos teniendo, porque creo que es absolutamente maravilloso que en esta conversación, en este espacio entre el motor, empecemos a hablar de Cathy [Catherine Matos Olivo]. Tal vez necesitemos más tiempo y más de ese tipo de oralidad, ese tipo de parte de la historia de nuestra experiencia.

La Con-Versación permite que el tiempo compartido adquiera un sentido de memoria ininterrumpida y atemporal. A través del acto de tomarse el tiempo, y de compartirlo oralmente, se mantiene abierto un espacio que mantiene los recuerdos y el reconocimiento vivos y en movimiento creativo.

Pablo

[…] mantener la conversación, es oral, significa mantener las acciones, los afectos, ahí, juntos… no son grandes gestos, pero siempre es como mantener esa conversación. Como Cathy todavía; su trabajo, es en cierto modo como que existe debido a estas conversaciones. Quiero decir que, en cierto modo, si seguimos haciendo esto, podemos construir una red diferente de memoria. Casi se está volviendo invisible, pero sigue ahí, como si fuera la forma de mantenerla aquí.

Christopher

Y también es otra narrativa, porque de lo que realmente estamos hablando, es decir, lo que me atrajo del trabajo de Cathy no fue una preocupación por la mercancía. Era una preocupación crítica con la que encontré algunas afinidades en ese momento. Así que, realmente se trata de la construcción de una especie de criticidad que crea lo común, entre y en la región.

Two photography from Catherine Matos Olivo’s art project : Trabajo=Trabajo, 2009. Digital Photography 8×1″. Courtesy by Catalina Matos Holden.

La Con-Versación reconfigura la cuestión de la memoria y los archivos. Nos permite desmontar, en su significado literal de quitar el manto, la caducidad de la característica tropical de los trópicos, como se ha explicado anteriormente. Gracias a la Con-Versación, el olvido, la desaparición, nunca será efectiva.

La Con-versación avanza hacia un lenguaje crítico, compartido y abierto. Por lenguaje no nos referimos a una fórmula lingüística, sino a un proceso de discusión que lleva a la creación y afirmación de un espacio común compartido y creativo de conocimiento poético y poiético.

Christopher

En esta conversación, siento que hay algo que flota, la construcción de una especie de lenguaje crítico. No un lenguaje, sino un proceso… de cómo la memoria… memoria no es la palabra adecuada porque no estoy pensando en la nostalgia, sino en lo que afecta a la forma de ver, que nos lleva hacia atrás y hacia delante simultáneamente y que cambia la forma o la configuración de las cosas que nos rodean al mismo tiempo. Está flotando en esta conversación desde las grietas.

Sofía

Sí… a la narración de la historia o a la memoria o a recordar mucho de esa manera. Como reconocer las ausencias y las desapariciones e improvisar dentro de esos espacios.

Por medio de la Con-versación existe la posibilidad de mantener los archivos en una posición liminar. Los archivos mutan, como ocurre en la memoria; se conforman, se desintegran y se reintegran gracias a los lapsus, el lenguaje evocador, la sinestesia y las metáforas. El proceso de Con-Versación tiene la capacidad de mover los afectos, tomando este término en su etimología como affectus: tocar el espíritu. A través de la Con-Versación los espíritus son tocados y danzan metafóricamente juntos en una experiencia colectiva creativa y conmemorativa al compartir.

La lengua vernácula, según Christopher Cozier, mantiene el lenguaje en el proceso de conmemoración de los recuerdos y en los archivos. Borra el sentido peyorativo de la “ruptura” de las lenguas criollas habladas, manteniendo su fluidez y su flotabilidad. Estos archivos producen un sentido de conciencia sin convertirse en una forma de textos autorizados. Las realidades fragmentadas y “rotas” del Caribe, en sus estructuras históricas geolingüísticas e imperialistas y en las relaciones contemporáneas neoliberales, crean una especie de corpus, un cuerpo de obras, a través del acto de conversar.

Además, la Con-Versación da lugar a una creación colectiva que subvierte el sentido de la nacionalidad, sosteniendo conexiones plurales y simultáneas con más de un lugar en una especie de comunicación supranacional y extranacional.4