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Myrtha Richards Marie-Joseph

Conversation avec Tirzo Martha

Préambule :

Il va sans aucun doute s’avérer particulièrement intéressant d’avoir cette conversation avec vous, lorsque l’on sait l’étendue de votre engagement artistique et l’importance que peut présenter la notion-même d’engagement tant du point de vue individuel que communautaire.

La perception et la faculté d’interpénétration des multiples rôles que vous endossez dans la société, principalement en tant qu’artiste engagé et co-fondateur de l’Instituto Buena Bista de Curaçao – IBB, constituent un profil atypique et singulièrement inouï.

Néanmoins, il semble n’exister aucune frontière entre votre condition d’artiste et celle de Co entrepreneur d’une structure d’éducation artistique aussi fédératrice que l’IBB.

Bien au contraire, le plus perceptible est un vaste projet éducatif vecteur de transformation sociale, le tout, porté par une immense énergie.

Le rapport de fusion entre la démarche artistique et le projet pédagogique démontre une certaine détermination à introduire une posture spécifique à la fois attentive au contexte insulaire et à la capacité de réflexion de celles et ceux qui seraient prêts à reconsidérer bon nombres de paradigmes préétablis.

Aujourd’hui, il s’agit de largement aborder votre action au sein de l’IBB sous ses aspects, notamment esthétiques et critiques afin de cerner la manière dont se dessine l’affûtage de vos étudiants vis-à-vis de la pratique artistique en général. À l’appui de tout ce travail et grâce à l’ancrage au lieu, cette discussion entend rouvrir la réflexion sur les questions plastiques et de représentations identitaires, de même que d’autodéfinition du corps artistique. Il s’agira en outre d’interroger les moyens de l’action artistique et de la structuration culturelle comme vecteurs de développement de l’art caribéen.

Tirzo Martha

Tirzo Martha

Tirzo Martha, comment vous définiriez-vous aujourd’hui ?

Il m’est assez compliqué de me définir, car je me considère comme un projet permanent qui explore et met en œuvre des possibilités et des valeurs ajoutées par le biais de l’art, non seulement pour l’amour de l’art, mais aussi pour nos sociétés contemporaines et leurs lots de difficultés. Je crois fermement que nos besoins et nos urgences peuvent trouver leur chemin à travers la créativité et l’expression.

Paradoxalement, l’autre serait lui aussi à même de vous définir à travers la singularité de votre posture. En ce sens que Tirzo Martha ne peut être vu sous des angles distincts et contextualisés, mais à travers une posture unique en cohérence avec des actions artistiques, qu’elles relèvent de l’individuel, du collectif, de l’art pour l’art ou de l’art à visée éducative. Cette inversion pourrait s’avérer intéressante pour une meilleure appréhension de l’ensemble et imprégnation de votre fonctionnement qui outrepasse le champ purement artistique. Ainsi, il convient de saisir la fonction de l’intentionnalité en résonnance des besoins sociétaux, desquels découlent les actions que vous donnez à voir.

Il serait intéressant que nous puissions aborder le projet d’IBB en tant que véritable point de départ, comme outil de développement de l’art Caribéen et comme véhicule d’un concept à l’endroit du monde – de tous les mondes.

Tirzo Martha – IBB

L’IBB a peut-être commencé comme un projet, mais il est aujourd’hui devenu plus qu’un concept. C’est un moyen d’enrichir et de développer non seulement l’art contemporain de Curaçao et des Caraïbes, mais aussi de développer de nouvelles pratiques et visions, des mentalités et de jeunes talents pour les arts visuels. Dans le même temps, l’IBB a mis en place une structure qui permet non seulement de développer les jeunes talents et les arts, mais aussi de développer des surfaces portantes dans la communauté afin d’accompagner ces jeunes talents, les arts visuels et de créer de nouvelles perspectives et du développement social. Un bon exemple de l’engagement de l’IBB est le fait qu’il est situé dans les locaux d’une clinique psychiatrique où les patients de la clinique font également partie du programme éducatif quotidien de l’IBB.

Tirzo Martha – IBB

Tirzo Martha – IBB

D’un point de vue extérieur, il émane des jeunes formés à IBB une impression de grande liberté dans le développement de leur processus de création et de leur imaginaire. Cela témoigne d’un souci d’ouverture dans la manière de questionner le lieu et d’une approche plutôt novatrice. Ce fonctionnement nécessite fort probablement un accompagnement individualisé afin qu’au final, chacune de ces démarches artistiques trouve sa juste place face aux attendus de l’étudiant mais aussi de l’institution. Que pourrait-on dire de l’enjeu qui se dessine entre l’institution et la posture des jeunes artistes chez lesquels la sensibilité artistique semble par-dessus tout préservée ? 

Sur la question qui se pose entre l’institution et la posture de jeunes artistes dont la sensibilité artistique semble être préservée avant tout :

Je suis un peu prudent à ce sujet car je ne veux pas généraliser. Ce qui me manque beaucoup chez les jeunes artistes, la plupart du temps, c’est le besoin et l’urgence dans le travail et cette absence de besoin et d’urgence se voit aussi dans les institutions.

Tirzo Martha

Tirzo Martha

Votre investissement – même outre Atlantique – pour faire vivre cette école, passe par le déploiement d’actions fortes et de réflexions communes. A titre d’exemple, dans vos performances, telles que Captain Caribbean, la posture de vos étudiants est remarquable de par l’implication d’une démarche participative valorisant la créativité, l’innovation et la liberté d’expression ; cela inscrit manifestement de plain-pied un discours politique au cœur du dispositif pédagogique, de même qu’une prise en compte de la dimension sociétale.

Le développement de la communauté est une responsabilité qui nous incombe à tous. Nous devons nous développer nous-mêmes afin d’être en mesure d’apporter des contributions de qualité au développement des conditions qui nous entourent. L’éducation et la formation ne sont pas là pour nous aider à obtenir un diplôme, un bon emploi, gagner beaucoup d’argent et de belles possessions. Non, il s’agit de nous développer et d’utiliser ces connaissances, cette expérience et cette vision pour aider à créer des conditions dans lesquelles davantage de personnes peuvent avoir la possibilité de se développer et d’avancer dans leur parcours de vie. De cette façon, nous créons plus d’espace pour nous-mêmes afin de pouvoir vivre une vie de meilleure qualité. À travers les performances de Captain Caribbean, j’essaie de montrer aux gens qu’il ne s’agit pas d’avoir des supers pouvoirs, mais que l’abondance de connaissances, d’expériences, de visions et de cran vous permettra de grandir et de vous développer dans la vie.

L’art est donc ici un véritable vecteur de développement personnel et communautaire.

Outre le développement du projet artistique, y voyez-vous un moyen d’émancipation, de contribution à une transformation sociale et à un recalibrage des critères artistiques dans l’accompagnement des jeunes plasticiens de Curaçao ?

Je considère qu’il s’agit d’un développement de la conscience, mais d’une conscience avec différents objectifs importants. Des objectifs qui, tous ensemble, contribueront à la création d’une nouvelle société avec une nouvelle mentalité résultant de nouveaux modèles de pensée combinés à une nouvelle imagination pour défier de nouvelles ambitions et visions. Dans ces conditions, non seulement un besoin d’émancipation verra le jour, mais aussi une détermination des actions nécessaires pour activer cette lutte pour le droit à l’existence.

Qu’en est-il de la dimension sociale de cet exercice et quelle en est pour vous la signification ?

Dans cet exercice, sont rassemblées les différentes expériences, références, interprétations et origines et se crée un collectif des différentes couches, mentalités et approches de la communauté. En faisant cela, vous créez un reflet plus réaliste des réalités quotidiennes et des luttes dans la société qui se sont formées comme une conséquence de la nécessité de survivre chaque jour encore et encore.

Tirzo Martha – Look At Me Now Rijksmuseum

Tirzo Martha – Look At Me Now Rijksmuseum

Constituée de pièces de grande envergure, votre œuvre est également participative. Ceci est une caractéristique récurrente de votre processus de création. Peut-être pourrions-nous revenir sur cette interaction entre votre œuvre et le public, qu’il s’agisse d’étudiants ou de simples visiteurs. Ceci, en référence à votre exposition « Look At Me Now » – Rijksmuseum, Amsterdam. 

La participation a toujours été d’une grande importance dans mon travail et dans celui de David Bade. L’implication des autres dans le processus et la réalisation d’une œuvre d’art évitera que celle-ci ne soit la production de la seule vision d’une personne, en l’occurrence l’artiste. Par exemple, dans notre récent projet/exposition au Rijksmuseum d’Amsterdam, nous avons impliqué les visiteurs de l’exposition sur l’esclavage dans le processus de création de 10 sculptures pour les 10 personnages principaux de l’exposition, en nous basant sur les commentaires, les réactions, les émotions, etc. des visiteurs de cette exposition. Cette action a prouvé que nous avons parfois tendance à généraliser les opinions écrites dans les rapports ou les recherches sur les sociétés, mais que dans la pratique, les réalités sont différentes. Cela montre que chaque individu, sur la base de ses références et priorités personnelles, a sa propre opinion et ses propres besoins. Vous ne pouvez pas raconter l’histoire sans que les autres protagonistes aient la possibilité de raconter leur version de l’histoire.

La question du point de vue du lieu depuis lequel on parle et dont on parle est manifestement essentielle.

Tirzo Martha – Look At Me Now Rijksmuseum

À la lumière de votre ouvrage intitulé I Wonder If They’ll Laugh When I’m Dead, paru aux éditions Rob. Perrée en 2017, c’est l’œuvre de toute une vie qui se déploie sans ambages. Les titres parlent d’eux-mêmes, tout autant que les œuvres auxquelles ils se rapportent. La notion de dialogue entre l’art et le divers semble toutefois importante ; l’art y est tout sauf un acte isolé.

La représentation des scènes quotidiennes ou de la nature caribéenne dans des peintures traditionnelles figuratives ou naïves, est jusqu’à aujourd’hui considérée comme de l’art caribéen. À travers cet imaginaire, les gens ont créé une représentation idéaliste du soi-disant paradis et de ses indigènes. Une invitation attrayante et ouverte pour les touristes. Ceci afin d’étancher leur soif d’exotisme. Dans mon travail, je crée une visualisation faisant référence à un type de diorama des réalités qui dominent nos communautés caribéennes. Les constructions et les objets sont identifiables, mais la combinaison ou la composition dans laquelle ces structures ou objets sont assemblés renvoie à nos mentalités. Le dialogue entre l’œuvre d’art, les spectateurs et la communauté crée une intervention dans l’espace, la mentalité et les mouvements de chacun.

D’un côté, nous sommes conscients que le point d’achoppement que constitue la question de la représentation dans les arts visuels dits caribéens est indissociable d’un imaginaire longuement façonné. Cependant, votre travail interpelle et confronte à une réalité déroutante, sans filtre et presqu’inquiétante qui oblige à réfléchir mais selon d’autres paradigmes.

Considérant que l’île ne devrait pas représenter un carcan dans le cas de la création artistique, pouvez-vous en substance nous parler du projet All You Can Art entre l’IBB, Curaçao et les Pays-Bas ? Comment se pense ici le rapport à l’île, à la Caraïbe, à Curaçao mais aussi à l’Histoire ?

Tirzo Martha – All You Can Art

All You Can Art, en abrégé AYCA, est une extension de l’IBB mais dans le contexte néerlandais. Toutes les activités exercées par l’IBB à Curaçao sont pratiquées à l’AYCA. Comme à l’IBB, il y a une formation préparatoire pour les jeunes et en plus, des expositions et des pratiques sociales en collaboration avec diverses organisations du domaine des soins de santé (par exemple : psychiatrie, maison pour personnes âgées, sans-abri, etc.), des écoles et des académies d’art. Cette pratique consistant à faire de l’art ensemble sur place et dans l’atelier mobile, rend l’art accessible à un plus grand nombre de personnes. La structure utilisée par l’AYCA est très appréciée aux Pays-Bas en raison de son approche directe et efficace de la société et de ses résultats tangibles. All You Can Art est le tout premier lauréat aux Pays-Bas du &Award en 2018 pour avoir impliqué et rapproché les gens. Ce sont les mêmes actions que nous aimerions pratiquer dans la région Caraïbe afin de créer une meilleure relation avec celle-ci, où nous pourrions développer plus d’échanges et de collaborations. C’est une priorité pour nous car nous pensons qu’un changement doit intervenir dans les relations entre les îles de la Caraïbe. Il y a trop de division et de méfiance entre les îles et nous devons changer cela afin de définir un meilleur avenir pour nos communautés caribéennes.

Il y a aujourd’hui dans l’Éducation, une réelle prise de conscience des institutions quant à la nécessité de mieux se connaître mutuellement, de créer du lien, d’instaurer des ponts de collaboration et de soutien à l’endroit notamment des jeunes en phase d’apprentissage. Bien que la tâche soit immense, elle demeure possible dès lors que les volontés ne se dérobent pas. Le besoin d’échanger et la nécessité de se connaître « soi-même » afin de transcender les traditions et se surpasser doivent nécessairement trouver les moyens de s’accomplir pour mieux exister.

Biographie :

Myrtha Richards Marie-Joseph est une artiste et auteure qui vit et travaille en Martinique. Diplômée de l’École supérieure d’art de Martinique, titulaire d’un DNSEP – diplôme national supérieur d’expression plastique et titulaire d’un Master II en Arts plastiques – Arts Caribéens, elle achève actuellement un Doctorat en Art à l’Université de Lorraine en France.

Après avoir participé à plusieurs projets artistiques en qualité d’artiste et co-organisatrice, elle développe depuis de nombreuses années, une réflexion sur les enjeux de l’art contemporain caribéen et explore un axe de recherche spécifiquement porté sur les éléments de définition de l’art caribéen et de ses imaginaires en relation au contexte global.

Coordinatrice, co-commissaire pour le Madinina international artists Workshop (Martinique, 2000) en collaboration avec le Triangle Arts Trust de Londres et co-commissaire pour l’exposition 30 ans 30 artistes, organisée dans le cadre des trente ans de l’école d’art de Martinique en 2014.

Publications :

Le contexte sanitaire que nous traversons depuis plus d’un an n’a pas favorisé les échanges et rencontres escomptés pouvant déboucher sur une production d’écrit.

The health context that we have been experiencing for more than a year has not favoured the expected exchanges and meetings that could lead to the production of written documents.

  • A to Z Caribbean Art, Robert & Christopher Publishers, 2019.
  • L’Indigence de la Colonialité (rédigé)
  • Culture de l’autre, culture de l’altérité, La question de l’entre-deux dans le champ artistique contemporain de la Caraïbe, sous la direction de Gilbert Elbaz – 2015, Presses de l’Université des Antilles. ISBN 978-2-342-04215-3
  • Réflexions sur l’art contemporain de la Caraïbe

http://www.zerodeux.fr/essais/reflexions-sur-lart-contemporain-de-la-caraibe/

  • The in-between chez Nicole Awai

https://aica-sc.net/2013/03/20/the-in-between-chez-nicole-awai-par-myrtha-richards-marie-joseph/

  • Dôme Sanctuaire, artiste Marc Marie-Joseph, Biennale Internationale d’Art Contemporain – BIAC, 2014.

Publications / comptes rendus :

  • Enquête sur la profession d’enseignant en école supérieure d’art, Dirigée par Frédérique Joly, directrice des études et de la recherche ENSA Limoges, DGCA, Ministère de la Culture et de la Communication, 2019.

Myrtha Richards Marie-Joseph

Conversation avec Tirzo Martha

Preamble:

It will undoubtedly be particularly interesting to have this conversation with you, given the extent of your artistic engagement and the importance that the very notion of engagement can have from both an individual and a community perspective.

The perception and interpenetration of the multiple roles you play in society, especially as a committed artist and co-founder of the Instituto Buena Bista – Curacao (IBB), is an atypical and unprecedented profile.

Nevertheless, there seems to be no boundary between your condition as an artist and that of co-entrepreneur of an artistic education structure as federative as IBB.

On the contrary, what is most noticeable is a vast educational project that is a vector of social transformation, all of which is carried by an immense energy.

The fusion between the artistic approach and the educational project demonstrates a certain determination to introduce a specific posture that is both attentive to the island’s context and to the capacity for reflection of those who are ready to reconsider a good number of pre-established paradigms.

Today, it is a question of broadly approaching your action within IBB under its aspects, notably aesthetic and critical, in order to identify the way in which your students’ sharpening of their artistic practice is taking shape from a general point of view. In support of all this work and thanks to the anchoring of the place, this discussion intends to reopen the reflection on the plastic questions and representations of identity, as well as the self-definition of the artistic body. It will also question the means of artistic action and cultural structuring as vectors for the development of Caribbean art.

Tirzo Martha

Tirzo Martha

Tirzo Martha, how would you define yourself today?

Defining myself is quite complicated as I look at myself as an ongoing project exploring and implementing possibilities and benefits through art, not only for art sake but also for our contemporary societies and their problems. I firmly believe that our needs and urgencies can find their ways through creativity and expression.

Paradoxically, the other would also be able to define you through the singularity of your posture. In the sense that the artist Tirzo Martha cannot be seen from distinct and contextualized angles, but through a unique posture consistent with artistic actions, whether they are individual, collective, art for art’s sake or art with an educational aim. This inversion could be interesting for a better apprehension of the whole and impregnation of your functioning, which goes beyond the purely artistic field. Thus, the function of intentionality should be grasped in resonance with societal needs derived from the actions that you present.

It would be interesting if we could approach the IBB project as a real starting point, as a tool for the development of Caribbean art and as a vehicle for a concept to the world(s).

Tirzo Martha – IBB

The IBB may have started as a project, but now it has become more than a concept. It’s a way of enriching and developing not only the Curacao and Caribbean contemporary art but also to develop new practice and visions, mentalities and younger talents for the visual arts. At the same time the IBB has developed a structure in which you’re not only developing the talented youngsters and the arts but we’re also developing bearing surfaces in the community in order to carry these young talents, the visual arts and creating new perspectives and social developments in the society. A good example of the engagement of the IBB is the fact that it is situated on the premises of a psychiatric clinic where the patients of the clinic are also part of the daily educational program of the IBB.

Tirzo Martha – IBB

Tirzo Martha – IBB

From an external point of view, the young people trained at IBB give an impression of great freedom in the development of their creative process and imagery. This shows a concern for openness in the way they question the place and a rather innovative approach. This operation probably requires individualized support so that, in the end, each of these artistic approaches finds its rightful place in relation to the expectations of the student and the institution.

About the issue that emerges between the institution and the posture of young artists whose artistic sensitivity seems to be preserved above all else:

I’m a little cautious about this because I don’t want to generalize. What I do miss a lot in the young artists most of the time is the need and urgency in the work and this absence of need and urgency can also be seen in the institutions.

Tirzo Martha

Tirzo Martha

Your investment – even across the Atlantic – to keep this school alive, involves the deployment of strong actions and common reflections. For example, in your performances, the posture of your students is remarkable because of the involvement of a participative approach that values creativity, innovation and freedom of expression; this clearly places a political discourse at the heart of the educational system, as well as taking into account the societal dimension. I am thinking here of Captain Caribbean.

The development of the community is a responsibility of all of us. We need to develop ourselves in order to be able to deliver quality contributions towards development of the conditions surrounding us. Education and formation are not here to help us get a diploma, a good job, earning a lot of money and beautiful possessions. No, it is about developing ourselves and using this knowledge, experience and vision to help create conditions in which more people can get the opportunities to develop and move forward with their lives. This way we create more space for ourselves to be able to live a life of better quality. Through the performances of Captain Caribbean, I try to show people that it is not about having super powers, but the abundance in knowledge, experiences, visions and guts will create the possibilities for you to grow and develop in life.

Art is therefore a real vehicle for personal and community development.

Apart from the development of the artistic project, do you see it as a means of emancipation, a contribution to social transformation and a recalibration of artistic criteria in the accompaniment of young visual artists on Curacao?

I consider it as a development of awareness but an awareness with different important goals. Goals that all together will contribute to the creation of a new society with a new mentality as a result of new patterns for thinking combined with a new imagery to challenge new ambitions and visions. Under these conditions, the development of not only a need for emancipation will arise but also a determination of actions needed to activate these strive for the right to exist.

What about the social dimension of this exercise, what does it mean to you?

In this exercise, you bring the different experiences, references, interpretations and backgrounds together and create a collective of the different layers, mentalities and approaches in the community. By doing this you create a more realistic reflection of the daily realities and struggles in the society that are formed as a consequence of the necessity to survive each day again and again.

Tirzo Martha – Look At Me Now Rijksmuseum

Tirzo Martha – Look At Me Now Rijksmuseum

Consisting of large-scale pieces, your work is also participatory. This is a recurrent feature of your creative process. Perhaps we could go back to this interaction between your work and the public, whether they are students or just visitors. I am thinking in reference to your exhibition “Look At Me Now” at the Rijksmuseum, Amsterdam.

Participation has always been of great importance to my work and David Bade’s work. The involvement of others in the process and the making of an artwork will abstain the artwork to be the production of only the vision of one character, in this case the artist. It will take the artists idea out of the isolation of his studio into the perceptions of others, which will create multiple layers and dimensions to the artwork. For example, in our resent project/exhibition at the Rijksmuseum in Amsterdam we involved visitors to the Slavery exhibition in the process of creating 10 sculptures for the 10 main characters in the exhibition based on the comments, reactions, emotions, etc. of the visitors visiting the exhibition. This action has proven that we sometimes tend to generalize opinions written in reports or researches about or societies but in practice, the realities have proven to be different. It shows that each individual, based on personal references and priority, do have their own opinion and need. You can’t tell the story without the other protagonists getting a chance to tell their side of the story.

Tirzo Martha – Look At Me Now Rijksmuseum

The question of the point of view, of the place from which one speaks and of which one speaks is obviously essential.

In the light of your book “I Wonder If They’ll Laugh When I’m Dead”, published by Rob. Perrée in 2017, your life’s work unfolds unabashedly. The titles speak for themselves, as do the works to which they refer. The notion of dialogue between art and the diverse seems important, however; art is anything but an isolated act.

The depiction of the daily scenes or the Caribbean nature in traditional figurative or naive paintings are up until today mostly considered as Caribbean art. Through this imagery people has created an idealistic depiction of the so-called paradise and its natives. An attractive and open invitation for tourists. This in order to quench their thirst for the exotic. In my work, I create a diorama like visualization of the realities dominating our Caribbean communities. The constructions and objects are identifiable but the combination or composition in which these structures or objects are put together refer to our mentalities. The dialogue between the artwork, the spectators and the community creates an intervention in each other’s space, mentality and movements.

On the one hand, we are aware that the stumbling block of representation in the so called Caribbean visual arts is inseparable from a long-fashioned imaginary. However, your work challenges and confronts a disturbing, unfiltered and almost disquieting reality that forces us to reflect, but according to other paradigms.

Considering that the island should not be a straitjacket in the case of artistic creation, can you tell us about the All You Can Art project between IBB, Curacao and the Netherlands? What about the relationship to the island, to the Caribbean, to Curacao, but also to History?

Tirzo Martha – All You Can Art

All You Can Art, short AYCA, is an extension of the IBB but in the Dutch context. All the activities exercised by the IBB in Curacao are practiced at the AYCA. Just like at the IBB there is a preparatory training for youngsters and besides that there are exhibitions and social practices in collaboration with various organization from the field of health care (for example: psychiatry, house for elderlies, homeless people, etc.), schools and art academies. This practice of making art together on location and in the mobile workshop makes art accessible for more people. The structure used in the AYCA is highly appreciated in the Netherlands because of its direct and effective approach towards the society and its tangible results. All You Can Art is the very first winner in the Netherlands of the &Award in 2018 for involving and connecting people. The same actions we would like to practice in the Caribbean region in order to create a better relationship with the Caribbean where we could develop more exchange and collaborations. This is a priority for us because we believe that there must come a change in the relationship between the islands in the Caribbean. There is too much division and distrust between the islands and we need to change this in order to define a better future for our Caribbean communities.

There is a real awareness in education today of the need for institutions to get to know each other better, to create links and to build bridges of collaboration and support, particularly with young people in the learning phase. Although the task is immense and requires some time, it is possible if the will is there. The need to exchange and the need to know oneself in order to surpass traditions and oneself must necessarily find the means to be accomplished in order to exist better.

Biography :

Myrtha Richards Marie-Joseph is an artist and writer who lives and works in Martinique. A Graduate of the École supérieure d’art de Martinique, she holds a DNSEP – diplôme national supérieur d’expression plastique and a Master II in Plastic Arts – Caribbean Arts. She is currently completing a PhD in Art at the University of Lorraine in France.

After having participated in several artistic projects as an artist and co-organizer, she has been developing for many years a reflection on the stakes of contemporary Caribbean art and is exploring a research axis specifically focused on the elements of definition of Caribbean art and its imaginaries in relation to the global context.

Coordinator and co-curator of the Madinina International Artists Workshop (Martinique, 2000) in collaboration with the Triangle Arts Trust of London and co-curator of the exhibition 30 Years 30 Artists, organised as part of the 30th anniversary of the Martinique School of Art in 2014.

Publications :

Le contexte sanitaire que nous traversons depuis plus d’un an n’a pas favorisé les échanges et rencontres escomptés pouvant déboucher sur une production d’écrit.

The health context that we have been experiencing for more than a year has not favoured the expected exchanges and meetings that could lead to the production of written documents.

  • A to Z Caribbean Art, Robert & Christopher Publishers, 2019.
  • L’Indigence de la Colonialité (rédigé)
  • Culture de l’autre, culture de l’altérité, La question de l’entre-deux dans le champ artistique contemporain de la Caraïbe, sous la direction de Gilbert Elbaz – 2015, Presses de l’Université des Antilles. ISBN 978-2-342-04215-3
  • Réflexions sur l’art contemporain de la Caraïbe

http://www.zerodeux.fr/essais/reflexions-sur-lart-contemporain-de-la-caraibe/

  • The in-between chez Nicole Awai

https://aica-sc.net/2013/03/20/the-in-between-chez-nicole-awai-par-myrtha-richards-marie-joseph/

  • Dôme Sanctuaire, artiste Marc Marie-Joseph, Biennale Internationale d’Art Contemporain – BIAC, 2014.

Publications / comptes rendus :

  • Enquête sur la profession d’enseignant en école supérieure d’art, Dirigée par Frédérique Joly, directrice des études et de la recherche ENSA Limoges, DGCA, Ministère de la Culture et de la Communication, 2019.