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Corina Matamoros

KCHO: des œuvres qui sont des Œuvres

Alors que je commence à écrire dans une Havane chaude et trépidante à propos de l’un des artistes les plus importants de l’actualité, des mots étranges et inhabituels assiègent ma page. Des mots comme contagion, pandémie, distance sociale, vaccins… Des termes qui diffèrent de façon évidente des cinq mots-clés que les éditeurs avaient sollicités. Peut-être que les collègues contribuant à cette édition de Faire Mondes vivront une situation similaire…

Ma page blanche est sous l’influence de l’information qui situe mon objet d’étude, l’artiste Alexis Leiva Machado (Kcho), dans la région de Matanzas, 100 km à l’Est de La Havane, en train d’apporter son aide dans les centres hospitaliers recevant des patients pédiatriques atteints de Covid-19.

Vous pourrez vous demander : “Pourquoi cet artiste travaille-t-il dans un hôpital hébergeant des patients contaminés ?”.  Ces actions n’ont rien à voir avec un “espace de souveraineté indépendant”. Au contraire, Kcho se déplace au rythme du profond courant de justice sociale dans lequel s’obstine Cuba depuis six décennies et collabore cette fois en amenant du matériel de dessin pour remonter le moral des enfants hospitalisés.

Que le lecteur ne s’imagine guère que l’artiste réalise ces actions afin d’atteindre la notoriété, par manque d’opportunités d’expositions et de collectionneurs  ou faute de créativité. Il suffit de jeter un regard à sa trajectoire formidable pour comprendre que sa carrière météorique est au sommet de sa vitalité.

Le Musée National des Beaux-Arts de la capitale cubaine expose justement en ce moment la rétrospective En ningún lugar como en casa (“On n’est jamais aussi bien que chez soi”), qui rassemble les œuvres de Kcho depuis ses débuts dans les années 90. En la visitant, on comprend que toute la trajectoire de Kcho est un dialogue intense avec Cuba. Un artiste ne tutoie pas toujours un pays. On ne veut ou on ne peut pas toujours le faire. Kcho l’a pu.

L’Île avec laquelle Kcho dialogue est jeune, impérative, imparfaite, sensuelle et impertinente. Une Île que seul le poète Virgilio Piñera put déchiffrer pour nous, loin du Baron de Humboldt et de l’Amiral Colon. Dans ce dialogue, l’artiste se laisse éblouir par l’archipel comme un tout, par les marées et les côtes, par l’instabilité des choses. Mais il s’agit surtout de dialoguer avec les circonstances concrètes, de toucher du doigt les fragments de nombreuses vies. C’est pourquoi on observe dans ses œuvres les couleurs de l’usure, une vieille balançoire ou des meubles abîmés. On y voit des barques, des embarcadères, des choses amenées par la marée. On y voit des rêves qui s’élèvent en hautes colonnes et des efforts étrangers à l’art, tels que reconstruire des maisons ou bâtir des écoles.

Kcho, Herencia (“Héritage”, 1989). Branches, tissu, terre, ficelle.
© Archive KCHO Estudio

Dans cette rétrospective, les premières œuvres du début des années 90 montrent des symboles patriotiques confectionnés à l’aide de branches, de terre, de matériaux humides et quotidiens. Et puis vient le grand thème des migrations, avec des œuvres comme Regata (1993), avec laquelle il se fit amplement connaître, et des pièces spectaculaires telles que Lo mejor del verano (“Le meilleur de l’été”, 1994) et Archipiélago en mi pensamiento (“Archipel dans mes pensées”, 1997). S’y ajoutent l’ensemble des œuvres inspirées par Haïti ou encore les fabuleuses sculptures de grand format en acier Corten, qui submergent le rez-de-chaussée du Musée National des Beaux-Arts.

Kcho, Regata (“Régate”, 1993-1994). Installation de quatre-vingt-dix bateaux en bois et objets domestiques; dimensions variables. Musée National des Beaux-Arts, La Havane.
© Archivo KCHO Estudio

Kcho, Lo mejor del verano (“Le meilleur de l’été”, 1993-1994). Installation: barques, troncs, corbeille, boites, plastique et métal; 3,6 x 4,8 x 12,9 m. Musée National des Beaux-Arts, La Havane.
© Archivo KCHO Estudio

Kcho, Archipiélago en mi pensamiento (“Archipel dans mes pensées”, 1997). Barques, bois, meubles, cage, hélices, bouteilles, papier, bouées de sauvetage, caméra de camion, matelas, tissu; 8,9 x 2,20 x 4,50 m. Collection Galerie Tega, Italie. Musée National des Beaux-Arts, La Havane.
© Archivo KCHO Estudio

Le travail de Kcho a fait l’objet d’expositions individuelles au Musée National Centre d’Art Reina Sofía, à la Galerie Nationale du Jeu de Paume, au Musée d’Art Contemporain de Los Angeles, au Musée d’Art Contemporain de Chicago, au Musée des Beaux-Arts de Caracas, à la Maison des Amériques, au Musée National de l’Imprimerie de Mexico ou encore à la Fondation Joan Miró. Deux éditions de la Biennale de Venise, la Biennale de São Paulo, la Biennale de Kwangju —où il gagna le Grand Prix en 1995— des expositions telles que Cocido y crudo (“Cuit ou cru”) au Reina Sofía, ainsi que d’autres au Musée du Barrio, au SMAK de Gantes, au Musée d’Art Contemporain de Tokyo ou au MoMA (pour ne citer que les plus importantes) affirment son ample circulation internationale, outre ses interventions connues et reconnues dans les biennales havanaises. Il reçut également le Prix Unesco pour la Promotion des Arts en reconnaissance de la qualité de l’ensemble de son œuvre, émis à Paris en 1995 et approuvé par Federico Mayor.

Mais les œuvres sont des œuvres. Œuvre avec une majuscule, c’est la création de la Brigade Marta Machado en 2008 ; parce qu’une brigade qui convoque des artistes pour reconstruire des maisons après le passage d’ouragans ou pour bâtir un musée local, entraîne la création d’œuvres. Œuvre, c’est la création du Museo  Organico Romerillo  (projet communautaire de Kcho Studio) en 2016, lancé afin d’accompagner la XIIème Biennale de la Havane en offrant des services culturels et d’assistance dans un quartier havanais. Œuvres, ce sont les aides à Haïti après le tremblement de terre de 2010. Pratiquer l’intervention communautaire à partir d’une perspective culturelle et de création artistique est l’une des bravoures que montre le curriculum professionnel de Kcho.

À la lumière de la pandémie qui a frappé de plein fouet l’Île et la planète, les récentes actions de Kcho ont renforcé la vocation communautaire de son travail artistique, déjà visible avec la Brigade Marta Machaco. Dernièrement, on l’a vu organiser les activités du Museo Organico Romerillo (MOR) en se concentrant sur les intérêts des voisins du quartier. À la manière d’un travailleur social, il a traité par fumigation les rues du voisinage aux côtés des autorités sanitaires. Et avec l’appui de son groupe, il a respecté les quarantaines épidémiologiques et a aidé les pouvoirs locaux à distribuer des aliments aux habitants du Romerillo dans le besoin.

Bibliothèque du Musée Biologique Romerillo, La Havane.
© Archivo KCHO Estudio

Galerie Marta Machado du Musée Biologique Romerillo, La Havane.
© Archivo KCHO Estudio

Néanmoins, la leçon de muséologie qu’il a offerte depuis le MOR a été la partie la plus intéressante de son engagement social. Ce musée unique fondé par Kcho —qui compte une bibliothèque, une galerie d’art, une salle de théâtre, des ateliers et d’autres espaces— s’est nourri depuis plusieurs années de sa collection personnelle. Ses amitiés et son travail au côté de dizaines de créateurs importants du monde entier ont permis l’échange d’œuvres entre artistes, la réalisation de projets communs et l’acquisition de pièces, et l’ont amené à constituer une collection d’œuvres d’artistes cubains historiques et de créateurs étrangers remarquables. On peut mentionner des artistes comme Wifredo Lam, Víctor Manuel, Mariano Rodríguez, Amelia Peláez ou Raúl Martínez, qu’on ne présente plus à Cuba, aux côtés d’artistes reconnus internationalement tels que Francisco Toledo, David Hammons, Andy Warhol, Cai Guo-Quian ou Shirin Neshat.

Quand Kcho a partagé au début du mois de juin de l’année précédente les petites vidéos montrant la distribution de certaines de ses œuvres dans les maisons des voisins du quartier, cela semblait incroyable. On l’y voyait avec son équipe en train de déplacer dans les rues les cagettes protégeant peintures, gravures ou photographies, et les installer dans de modestes maisons du Romerillo afin que les gens puissent se sentir accompagnés par l’art pendant cette longue isolation sanitaire forcée.

Kcho installant une œuvre de l’artiste Spencer Tunick dans le quartier El Romerillo, La Havane, juillet 2020.
© Archivo KCHO Estudio

Au vu de cette initiative de l’artiste, je ne peux éviter de mentionner les idées du théoricien Bernard Deloche, qui situe la muséologie dans le champ de l’éthique. “Puisque la muséologie n’est ni une science ni un mode de connaissance (dans le sens de connaissance absolue et définitive), on peut considérer qu’il s’agit d’une éthique, une instance de choix des valeurs auxquelles on soumet l’activité du musée.”[1] À partir de cette perspective, on comprend que les valeurs assumées par Kcho dans sa direction du Museo Organico Romerillo sont fermement liées à sa vision du monde, à son grand engagement social et à sa confiance élevée dans la capacité de la culture à accroître et permettre le développement humain. Le contexte spécifique de son quartier lui a permis d’infuser cette éthique dans des degrés d’expérimentations muséales rarement explorées.

Le MOR n’est ni un musée institutionnalisé ni un projet communautaire (comme le sont d’autres initiatives précieuses existant à Cuba) ; c’est la continuation de l’œuvre d’un artiste qui, en utilisant la morphologie et le mode opératoire d’un musée et en attendrissant la matière première de l’art, propose des avancées et des scénarios de création artistique complexes, impliquant son contexte et sa communauté dans une perspective éducative, communicative, rédemptrice et universaliste.

La Galerie Marta Machado du Musée Biologique Romerillo transformée en salle de vaccination contre la COVID-19, La Havane, juillet 2021. On peut voir sur les murs la collection de gravures de Wifredo Lam appartenant au MOR.
© Archivo KCHO Estudio

Galerie Marta Machado transformée en salle de vaccination contre la COVID-19, La Havane, juillet 2020.
© Archivo KCHO Estudio

Septembre commence à peine et Cuba fait face au quatrième et plus haut pic épidémique de Covid-19. Et depuis plusieurs semaines, Kcho a transformé les espaces du MOR dédiés aux expositions temporaires en centre d’attention médicale. On y immunise contre la maladie avec des vaccins produits à Cuba ; les voisins du Romerillo et des quartiers alentours, ainsi que quelques amis et chauffeurs du terminal d’autobus d’à côté, qui connaissent l’artiste depuis que celui-ci a rénové les arrêts de bus de l’Avenue 120. Dans la galerie, il a fallu aménager les espaces, installer des équipements, fournir du matériel… Les médecins et le personnel ont accueilli l’espace avec enthousiasme et les voisins y sont bien reçus, attendant leur tour entourés de la fabuleuse collection de gravures de Wifredo Lam, mise en relief par les murs de la salle d’attente. Car lorsqu’on parle de Kcho, il y a définitivement des œuvres qui sont des Œuvres.

[1] Bernard Deloche, «Pour une muséologie contractuelle». ICOFOM Study Series [En ligne], 43 a/ 2015. URL: https://journals.openedition.org/iss/587.

Corina Matamoros (La Habana, 1955)

Ensayista y curadora del Museo Nacional de Bellas Artes, Cuba. Posee el título de Historia del Arte de la Universidad de La Habana, y el Diploma Especial de Museología de la École du Louvre, París, 1987.

Tiene publicados los libros Mirada de curador (Letras Cubanas, 2009); Raúl Martínez. La gran familia (Vanguardia Cubana, 2012), Museo Nacional de bellas Artes. 100 Años (MNBA, 2014), Confesiones de Rocío García (Turner, 2017), y Si pierdo la memoria. Veinte artistas cubanos de hoy (Turner, 2019), y más de cincuenta artículos sobre arte y museología.

Ha curado más de 50 muestras para el Museo Nacional de Bellas Artes y otras instituciones cubanas y extranjeras.

Es miembro de la Unión de Escritores y Artistas de Cuba, del Consejo Internacional de Museos (ICOM) y de la Asociación Internacional de Críticos de Arte (AICA).

Corina Matamoros

KCHO: obras que son Obras

Mientras comienzo a escribir en una Habana calurosa y trepidante sobre uno de los más notables artistas cubanos de la actualidad, extrañas y desacostumbradas palabras asedian mi página en curso. Palabras como contagio, pandemia, distancia social, vacunas… Son obviamente vocablos ajenos a las cinco key words que los editores habían solicitado. Tal vez algo similar les ocurra a los colegas que contribuyen con esta edición de Faire Mondes…

Mi página en blanco está bajo el influjo de la noticia que ubica a mi objeto de estudio, el artista Alexis Leiva Machado (Kcho), rumbo a la provincia de Matanzas, 100 km al Este de La Habana, para ayudar en los centros hospitalarios que atienden pacientes pediátricos contagiados con Covid-19.

Usted podrá decir: ¿qué hará el artista ayudando en un hospital que alberga contagiados? Nada tiene que ver esta gestión con un “espacio de soberanía independiente”. Al contrario, Kcho se mueve acompasado a la profunda corriente de justicia social en que se empeña Cuba hace seis décadas y colabora, esta vez, llevando materiales de dibujo para animar a los chicos hospitalizados.

No piense el lector que el artista realiza estas acciones por alcanzar notoriedad, por falta de exposiciones y coleccionistas, o por creatividad disminuida. Basta solo echar una mirada a su formidable trayectoria para comprender que su meteórica carrera está en una cima de vitalidad.

El Museo Nacional de Bellas Artes de la capital cubana tiene justo hoy en exhibición la muestra antológica En ningún lugar como en casa, que recopila obras de Kcho desde sus inicios en los años 90. En ella se comprende que toda la trayectoria artística de Kcho ha sido un intenso diálogo con Cuba. No siempre un artista le habla de tú a tú a un país. No siempre quiere ni puede hacerlo. Kcho ha podido.

    La Isla con la que Kcho dialoga es una isla joven, imperativa, imperfecta, sensual y lenguaraz. Una Isla que solo el poeta Virgilio Piñera descifrara para nosotros, más allá del Barón de Humboldt y del Almirante Colón. Y en ese diálogo, el artista se dejó deslumbrar por el archipiélago como un todo, por las mareas y las costas, por la mutabilidad de las cosas. Pero fue sobre todo un hablar con las circunstancias concretas, un tocar con las manos los pormenores de muchas vidas. Por eso vemos en sus obras los colores del desgaste, un columpio viejo o muebles usados. Vemos barcas, embarcaderos, cosas que trae la marea. Vemos sueños que se levantan en altas columnas y empeños raros al arte como reconstruir casas o levantar escuelas.

Kcho, Herencia (“Héritage”, 1989). Ramas, tela, tierra, cordel.
© Archive KCHO Estudio

En la exhibición antológica, las primeras obras de principios de los años 90 muestran símbolos patrios confeccionados con ramas, tierra, y materiales humildes y cotidianos. Luego vendría el gran tema de las migraciones, con obras como Regata (1993), con la que fue ampliamente conocido, y piezas espectaculares como Lo mejor del verano (1994) y Archipiélago en mi pensamiento (1997). Se suman el conjunto inspirado en Haití o las fabulosas esculturas de gran formato en acero corten, que inundan la planta baja del Museo Nacional de Bellas Artes.

Kcho, Regata, 1993-1994. Instalación de noventa barcas de madera y objetos domésticos; dimensiones variables. Museo Nacional de Bellas Artes, La Habana.
© Archivo KCHO Estudio

Kcho, Lo mejor del verano, 1993-1994. Instalación: Botes, troncos, cesta, cajas, plástico y metal; 3,6 x 4,8 x 12,9 m. Museo Nacional de Bellas Artes, La Habana.
© Archivo KCHO Estudio

Kcho, Archipiélago en mi pensamiento, 1997. Botes, madera, muebles, jaula, propelas, botellas, papel, salvavidas, cámara de camión, maletas, tela; 8,9 x 2,20 x 4,50 m. Colección Galería Tega, Italia. Museo Nacional de Bellas Artes, La Habana.
© Archivo KCHO Estudio

Kcho ha tenido muestras personales en el Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía, la Galería Nacional de Jeu de Paume, el Museo de Arte Contemporáneo de Los Angeles, el Museo de Arte Contemporáneo de Chicago, el Museo de Bellas Artes de Caracas, la Casa de las Américas, el Museo Nacional de la Estampa de México o la Fundación Joan Miró. Dos ediciones de la Bienal de Venecia, la Bienal de Sao Paulo, la Bienal de Kwangju  ̶ donde ganara el Gran Premio en 1995 ̶  y exposiciones como Cocido y crudo en el Reina Sofía y otras destacadas en el Museo del Barrio, el Museo SMAK de Gantes, el Museo de Arte Contemporáneo de Tokyo o el MoMA, entre las más relevantes, afirman su amplia circulación internacional; además de su conocida y exitosa intervención en las bienales habaneras. Ha recibido el Premio Unesco por la Promoción de las Artes, en reconocimiento a la calidad del conjunto de su obra, emitido en París, 1995, refrendado por Federico Mayor.

Pero obras son obras. Obra es la creación de la Brigada Marta Machado en 2008, porque una brigada que convoca a artistas para reconstruir casas tras el paso de huracanes o para levantar un museo local, crea definitivamente obras. Obra es la creación del Museo Orgánico Romerillo en 2016, iniciado para acompañar la XII Bienal de la Habana, brindando servicios culturales y asistenciales en un barrio habanero. Obras son las ayudas al Haití post-terremoto en 2010. Y es que acometer la intervención comunitaria desde la perspectiva de la cultura y la creación artística es una de las gallardías que puede ostentar el currículum profesional de Kcho.

Recientemente, al filo de la pandemia que ha azotado la Isla y el planeta, las acciones de Kcho han intensificado la línea de vocación comunitaria de que ya había hecho gala la Brigada Martha Machado. Ahora se le ha visto organizar la vida del Museo Orgánico Romerillo (MOR) enfocando el provecho de sus vecinos. A la manera de un trabajador social, ha batido las calles del barrio con la fumigación orientada por las autoridades de sanidad. Y secundado por su grupo, ha respetado cuarentenas epidemiológicas y auxiliado a los mandos locales en la repartición de alimentos a pobladores necesitados del Romerillo.

Biblioteca del Museo Orgánico Romerillo, La Habana.
© Archivo KCHO Estudio

Galería Marta Machado del Museo Orgánico Romerillo, La Habana.
© Archivo KCHO Estudio

Sin embargo, lo verdaderamente interesante al interior de este compromiso social ha sido la lección de museología que ha ofrecido desde el MOR. El peculiar museo fundado por Kcho   ̶ que cuenta con biblioteca, galería de arte, sala teatro, talleres y otros espacios ̶  se ha nutrido desde hace años de su colección personal. Su amistad y trabajo conjunto con decenas de relevantes creadores de muy diversas partes del mundo ha hecho que el intercambio de obras entre artistas, la realización de proyectos conjuntos y la adquisición de piezas, lo llevaran a atesorar trabajos de autores históricos cubanos y de notables creadores extranjeros. Cabe mencionar a clásicos del patio de la talla de Wifredo Lam, Víctor Manuel, Mariano Rodríguez, Amelia Peláez o Raúl Martínez, al lado de nombres bien establecidos internacionalmente como Francisco Toledo, David Hammons, Andy Wharhol, Cai Guo-Quian o Shirin Neshat.

Cuando a principios de junio del pasado año, Kcho divulgó en las redes sociales los pequeños videos en que se le veía con su equipo repartiendo algunas de estas obras en casas de vecinos del barrio, parecía algo increíble. Desplazaban por las calles los huacales que protegían pinturas, grabados o fotografías y las dejaban montadas en modestas casas del Romerillo, para que la gente las tuviera y se sintieran acompañadas por el arte, ahora que debían estar tanto tiempo en forzado aislamiento sanitario.

Kcho dejando instalada una obra del artista Spencer Tunnick en una casa del barrio El Romerillo, La Habana, julio de 2020.
© Archivo KCHO Estudio

Dado este emprendimiento del artista, no puedo menos que traer a colación las ideas del teórico Bernard Deloche, quien sitúa a la museología en el campo de la ética. “Puesto que la museología no es una ciencia ni un modo de conocimiento (en el sentido de conocimiento absoluto y definitivo), puede considerarse que se trata de una ética, una instancia de selección de valores a los cuales se somete la actividad del museo.”[1] Desde esta perspectiva, los valores que Kcho ha elegido para la conducción del Museo Orgánico Romerillo están firmemente acoplados a su visión del mundo, a su alto compromiso social y a su elevada confianza en la capacidad de la cultura para acrecentar y cualificar el desarrollo humano. El contexto específico de su barrio le ha permitido llevar esa ética hacia niveles de experimentación museal raras veces transitado.

El MOR no es un museo institucionalizado y tampoco un proyecto comunitario a la manera de otros valiosos que existen en Cuba; es la proyección de una obra de artista que, valiéndose de la morfología y la operatoria museal, y blandiendo la materia prima del arte, se propone alcances y escenarios complejos relativos a la creación artística que involucran el contexto e implican a su comunidad con perspectiva educativa, comunicacional, redentora y universalista.

La Galería Marta Machado del Museo Orgánico Romerillo convertida en sala de vacunación contra la COVID-19, La Habana, julio 2021. En las paredes puede verse la colección de grabados de Wifredo Lam perteneciente al MOR. © Archivo KCHO Estudio

Galería Marta Machado convertida en sala de vacunación contra la COVID-19, La Habana, julio 2020. © Archivo KCHO Estudio

Comienza septiembre y Cuba enfrenta el cuarto y más alto pico pandémico de Covid-19. Y desde hace varias semanas Kcho ha dispuesto que en el MOR, donde se encuentran las áreas dedicadas a la galería de arte, funcione un centro de atención médica. Allí son inmunizados contra la enfermedad, con vacunas de producción cubana, los vecinos del Romerillo y de localidades aledañas, amén de amigos y algunos choferes de la terminal de ómnibus cercana, que conocen al artista luego de que este y su equipo remodelaran los paraderos de buses de la Avenida 120. En la galería hubo que transformar espacios, instalar objetos de obra, suministrar equipos… Los médicos y el personal de enfermería se han posicionado con entusiasmo en el lugar y los vecinos son allí bien acogidos, aguardando su turno de vacunación, rodeados de la fabulosa colección de grabados de Wifredo Lam que resaltan sobre las paredes del salón de espera. Porque hablando de Kcho, definitivamente hay obras que son Obras.

[1] Bernard Deloche, «Pour une muséologie contractuelle». ICOFOM Study Series [En línea], 43 a/ 2015. URL: http//journals.openediton.org/iss/587.

Corina Matamoros (La Habana, 1955)

Ensayista y curadora del Museo Nacional de Bellas Artes, Cuba. Posee el título de Historia del Arte de la Universidad de La Habana, y el Diploma Especial de Museología de la École du Louvre, París, 1987.

Tiene publicados los libros Mirada de curador (Letras Cubanas, 2009); Raúl Martínez. La gran familia (Vanguardia Cubana, 2012), Museo Nacional de bellas Artes. 100 Años (MNBA, 2014), Confesiones de Rocío García (Turner, 2017), y Si pierdo la memoria. Veinte artistas cubanos de hoy (Turner, 2019), y más de cincuenta artículos sobre arte y museología.

Ha curado más de 50 muestras para el Museo Nacional de Bellas Artes y otras instituciones cubanas y extranjeras.

Es miembro de la Unión de Escritores y Artistas de Cuba, del Consejo Internacional de Museos (ICOM) y de la Asociación Internacional de Críticos de Arte (AICA).